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Étrange rencontre

Il pleut. Dans son minuscule studio, en bordure de la Garonne, Marie, le front collé à la vitre sur laquelle son haleine fait buée, regarde sans les voir les grands peupliers qui se courbent sous les rafales.

D’humeur chagrine, elle pense à changer son existence car sa vie calme et quelque peu monotone ne lui convient guère. Elle rêve d’un avenir bien différent. Comment faire pour mener bientôt une vie sans souci d’argent ? Elle monologue à mi-voix : « Les courses de chevaux, me faire entretenir par un amant ou tenter ma chance au casino... » Les courses ? Elle n’y connaît rien aux chevaux ! Quant à devenir la maîtresse d’un vieux monsieur, cela ne la tente guère... Reste le casino... C’est la seule solution qu’elle envisage.

Marie rêve toute éveillée d’argent et de gloire, elle s’imagine au volant d’une décapotable de luxe, petit bolide capable de la faire décoller à plus de deux cents kilomètres à l’heure. Elle se laisserait emporter par la vitesse qui la grise, crinière au vent. Elle se voit acquérir un splendide pavillon avec jardin pour bien loger ses pensionnaires. Marie adore les animaux, son studio est déjà un zoo en miniature. Elle les appelle ses enfants : White un énorme chien des Pyrénées à longs poils blancs, Sophie, la tortue centenaire qui dort toute la journée au frais dans la baignoire. Il y a Claire la souris blanche qui nargue Mistigris le bon vieux matou, ce qui amuse énormément Zoé et Chloé les deux poissons rouges, et enfin Socrate, un amour de mainate, qui répète tout ce qu’elle dit en imitant parfaitement le son de sa voix

Entre ses amies les bêtes et son travail, Marie mène une existence paisible. Trop paisible ! Elle veut y remédier. Le casino devient leitmotiv. Depuis cette réflexion, Marie ne conçoit l’aboutissement de ses rêves qu’au travers des jeux de hasard. Elle finit par se rendre au « Miami ».

La voilà sur ce grand parking rempli de belles voitures. Elle se sent tout à fait à son aise, elle achète quelques jetons, puis s’installe à une table de jeux : elle pose ses munitions sur la case numéro sept. La bille effectue de nombreux tours et sauts. Marie ne peut s’empêcher de pousser un cri de joie quand elle voit la petite boule d’ivoire se poser délicatement sur le nombre choisi. Le sourire rayonnant , elle ramasse la coquette somme qu’elle a gagnée et pense que c’est comme un signe du destin qui frapperait à sa porte, persuadée qu’elle entre dans un nouveau monde, un univers qui n’a rien à voir avec la triste vie qu’elle a menée jusqu’à présent.

Après cette soirée merveilleuse, Marie prend la résolution de fréquenter régulièrement les établissements de jeux. A chaque sortie elle distille allègrement les trente mille euros gagnés le premier soir. Puis, tous les vingt cinq du mois, elle va dilapider son maigre salaire de femme de ménage. La voilà maintenant qui emprunte de l’argent à ses parents pour assouvir sa coûteuse faiblesse. Ceux-ci ferment les yeux car malgré leurs modestes revenus ils ont toujours gâté leur fille.

Le démon du jeu s ’est introduit dans la vie de Marie, sans bruit, presque par hasard. Aujourd’hui, nous sommes le vingt cinq août , c’est le jour de son anniversaire. En cadeau, son père lui offre une belle somme d’argent en lui disant fermement : « Quoiqu’il arrive, il n’y en aura pas d’autre ! Ce coup-ci, que tu gagnes ou que tu perdes, la planche à billets familiale ne fonctionnera plus. »

Marie se jette à son cou en lui disant : « Papa, je t’aime ! »

Ce soir, elle n’a pas droit à l’erreur : elle a énormément de dettes. Elle opte pour le casino « Miami » à Andernos, c’est le plus près de son domicile. La bonne vieille Deudeuch mériterait bien d’être remplacée, mais heureusement qu’elle n’a pas rendu l’âme : « que ce vieux tacot tienne le coup, coûte que coûte ! »

Malgré l’heure tardive, une grosse influence règne ce soir ; aucune place n’est disponible aux machines à sous. Marie s’avance vers le milieu de la salle, offrant un visage désabusé ; elle attend son tour comme un vautour qui guette sa proie. Après un long moment qui lui paraît interminable, une place est vacante à la table de jeu. Elle s’installe rapidement, très vite elle pousse les jetons sur le numéro sept. La bille cliquette... La roulette s’arrête sur le 5 ; elle va à nouveau miser sur le sept. Au bout de la énième fois, Marie change de numéro. Elle pose toute sa mise sur le zéro, entend vaguement le croupier crier : « faites vos jeux, messieurs dames, rien ne va plus ! » Les yeux rivés sur la bille, Marie la voit s’arrêter définitivement sur la case sept. Elle pince les lèvres : une fois de plus, sa mise a disparu. Furieuse et sans jeton, elle se lève brusquement, les joues en feu, tente de paraître détendue, cache son émotion en fouillant dans son sac et s’aperçoit qu’il lui reste quelques pièces de monnaie. Sans grande conviction, elle s’avance vers les machines à sous.

Sentant la présence de Marie, un homme au corps d’athlète se retourne et lui dit d’un ton ironique : « mademoiselle, si vous voulez tenter votre chance, la voie est libre, à vous l’honneur ! » Ne se souciant pas de son arrogance et oubliant sa présence, Marie prend possession de la machine, introduit nerveusement une à une les pièces de monnaie. Rien, pas le moindre petit centime ; elle fouille dans la poche de sa veste et trouve trois pièces de deux euros. D’un geste las, elle presse une dernière fois sur le bouton, les yeux mi-clos. Les trois sept clignotent sur l’écran ; béate d’admiration, Marie n’arrive pas à y croire. Elle reste quelques secondes sans bouger, puis réalise qu’elle vient d’obtenir le jackpot de l’été. Grâce à ce pactole, Marie vit sur un petit nuage.

Son existence se transforme en véritable conte de fées. Marie change de standing, abandonne son studio au profit d’un beau T3 dans une résidence, laisse la Deudeuch à sa mère contre une Mercédes blanche : le plaisir d’être au volant de cette belle voiture, c’est plus qu’un caprice, c’est un état d’esprit, pense-t-elle. Son bonheur serait complet s’il y avait un homme dans sa vie. Marie se sent seule avec un réel manque d’amour. Le casino est devenu sa seule raison d’être.

Un soir, Marie revient bredouille, mais pas trop mécontente, car elle a beaucoup joué, mais n’a pas perdu. Arrivée à son appartement, elle s’empresse de s’enfermer à double tour, jette ses escarpins à talons aiguille d’un bout à l’autre de la pièce, salue son petit monde, branche la radio en faisant hurler le son à tue-tête, s’étire en baillant et se prépare un bain chaud. A demi inconsciente, elle n’entend pas les appels incessants de Socrate le mainate qui crie : « au voleur ! Au voleur ! » Le rejoignant enfin dans la cuisine, Marie reste clouée sur place et constate en regardant par la fenêtre la disparition de sa voiture.

« Mon dieu ! Murmure-t-elle en écarquillant les yeux, dites moi que cela n’est pas vrai, pas ça ! » De grosses larmes glissent sur ses joues, elle les essuie rapidement et sourit quand elle entend Socrate dire :
« elle n’est plus là, la voiture, partie... »

Marie s’habille rapidement et se rend au commissariat, elle n’a pas l’habitude de faire de longs trajets à pied, mais elle avance courageusement, elle hâte son pas dans la douceur de la nuit. A son arrivée, un charmant jeune homme prend sa déposition, il la regarde d’un œil rempli d’admiration en lui promettant que la police mettrait tout en œuvre pour retrouver son véhicule dans les plus brefs délais. Il va même jusqu’à lui laisser sa carte en lui disant : « je me prénomme Jean ».

Elle pousse un soupir de soulagement, contente d’avoir effectué cette formalité. Après toutes ces émotions, un petit tour au casino lui ferait grand bien. Elle passe prendre Titine chez sa Maman et en route ! Le seul fait de penser à cette petite bille qui pourrait lui faire gagner beaucoup d’argent lui redonne le moral.

Joueur invétéré, Paul est un véritable souteneur. Il est fiché par la police mais n’a pas eu de condamnation officielle car toutes les filles que cet ignoble individu a séduites pour les faire travailler n’osent pas le dénoncer. Elles savent que dans ce milieu cela coûte cher d’être bavarde. La petite Emma l’a payé de sa vie. Une fille de perdue, une fille retrouvée. Ce trafic lui rapporte une fortune. Il dilapide ses gains en belles voitures, soupers au restaurant, casinos, boîtes de nuit... Paul est subjugué par ce mode de vie si désinvolte. Il ne reculera devant rien pour continuer à exercer cette activité illicite qui consiste à tirer profit de ces jeunes filles en les forçant à se prostituer. Marie sera sa nouvelle proie. Une fois de plus, il mettra à exécution un plan machiavélique.

Paul regrette amèrement d’avoir cédé sa place à Marie. Il se sent floué, il a du mal à supporter ce coup du destin. Depuis, il n’a qu’une idée en tête : se venger. S’emparer de la Mercédes a été chose facile, mais ce n’est pas suffisant pour son insatiable soif d’argent. Patience et ténacité, ces mots reviennent sans cesse dans son esprit.

Quelques jours plus tard, sirotant un whisky au bar du casino, il reste pétrifié en apercevant Marie au milieu de la foule. Il ne peut détacher son regard fasciné par tant de beauté. Il s’efforce de contenir sa colère, ses doigts jouent nerveusement avec son verre, et ses jambes s’agitent de façon saccadés. Cette fille le fascine et l’irrite à la fois. Sa décision est prise, il va jeter son dévolu sur sa personne et sur son argent. Paul sourit en voyant Marie se diriger vers le bar et s’y installer. Il prend une longue inspiration et s’approche d’elle.

Puis-je m’asseoir s’il vous plaît ?

Sa voix la fait tressaillir :

Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous faire peur.

Marie troublée par sa beauté arrive seulement à sourire.

Désirez-vous prendre un verre ?

Pourquoi pas !

Serveur apportez nous du champagne ! Enchanté de vous rencontrer ; je me présente... Paul... Et vous, quel est votre prénom ?

Marie.

Vous avez l’air triste, Marie, parlez moi de vous.

Marie ne sait trop quoi penser et décide de se jeter à l’eau ; elle parle comme si elle connaissait Paul depuis toujours. Il prend sa main et lui dit :
« Venez, allons jouer, vous serez mon porte-bonheur. »
Elle se lève comme un automate et se laisse guider par sa voix douce et suave.
« Et puis non, allons nous promener, dit-il avec une soudaine et impétueuse autorité. Ce clair de lune est si beau, j’adore marcher dans la nuit, admirer les étoiles ». Il décide de tout comme s’il connaissait Marie depuis toujours. Marie se sent rassurée, protégée, elle ne se doute pas qu’il a décidé de faire d ’elle une de ses victimes et que bientôt elle sera à sa merci. Il est très tard quand Paul raccompagne Marie à sa voiture en lui promettant de la revoir le lendemain. Il revient brusquement sur ses pas, rattrape Marie, la fait virevolter, l’embrasse à la dérobée et glisse furtivement la main dans son décolleté. Marie s’abandonne avec passion. D’une lenteur calculée, Paul relâche son étreinte en lui disant d’une voix presque inaudible : « demain, attendez-moi ici ! »

Marie ne répond pas, déçue d’être arrachée à ce doux plaisir, son corps brûlant de désir. Elle se reprend vite et à son tour crie : « à demain, Paul ! »

Marie est aux anges, comblée, le sourire aux lèvres. Le vol de sa Mercédes n’est plus qu’un mauvais souvenir. Peu importe si la police ne la retrouve pas.

Depuis cette soirée mémorable, Paul et Marie ne se quittent plus, ils se retrouvent chaque jour. Ce soir, Marie a rendez-vous dans un grand restaurant. Paul a quelque chose d’important à lui dire. Une demande en mariage, peut-être ? Habillée avec élégance, accompagnée du maître d’hôtel, elle voit tous les regards se porter sur elle. Lorsqu’elle rentre dans la salle, Marie se sent très mal à l’aise, un peu plus rassurée en apercevant Paul.

Elle a l’impression qu’il lui plaît davantage encore. A la fin du repas, il sort de sa poche un magnifique écrin.

Ceci est pour toi.

Marie rayonne de joie, elle est sincèrement émue, c’est le plus beau cadeau de sa vie. Elle veut l’embrasser, mais il la repousse doucement et lui sert tendrement la main. « allons chez toi, c’est plus intime, nous pourrons discuter, j’ai un petit service à te demander... »

Ils arrivent à l’appartement ; Marie lui présente la petite famille. Socrate, le mainate, en voyant Paul, reconnait immédiatement le voleur de la Mercédes et se met à crier : « Au voleur ! Au voleur ! »

Paul, gêné ne laisse rien paraître : « Quel drôle d’oiseau ! Pourquoi répète-t-il toujours : Au voleur ! Ne connaît-il rien d’autre ? »

Non ! Répond Marie en souriant, au contraire, il est très bavard, mais, lorsqu’on a dérobé ma voiture, il a essayé de me prévenir en vain. J’étais dans mon bain, il a dû apercevoir le voleur, tu lui ressembles peut-être, ajoute-t-elle.

Paul, gêné, change de pièce en laissant Marie dans la cuisine. Elle reste songeuse en pensant à l’attitude de Socrate qui répète de nouveau : « Marie, lui, voleur ! Voleur ! »

Le verre qu’elle tient à la main tombe et se casse.

Quel est ce bruit ? Hurle Paul.

Ce n’est rien, je viens de casser un verre.

Que tu es maladroite ! Dépêche-toi !

Surprise d’entendre une voix rude, elle laisse travailler son esprit : son compagnon lui paraît bien étrange , ce soir. Enfin, elle retourne au salon, un peu tremblante. S’asseyant sur le bord de son siège, bien droite, essayant de chasser le trouble qui s’est insinué en elle, Marie frissonne. Paul est-il le voleur de sa voiture ? Une boule d’angoisse se noue au creux de son estomac. Elle appréhende le service qu’il doit lui demander.

S’apercevant de son attitude, Paul la prend dans ses bras et l’embrasse longuement ; sentant qu’elle reprend confiance, il la lâche.

Écoute moi bien, lui dit-il d’un air détaché, j’ai fait de très mauvaises affaires, ces derniers temps, j’ai perdu beaucoup d’argent.

Tu sais, j’ai des économies, elles suffiront amplement. Tu oublies mon métier, tu peux faire bien mieux, beaucoup d’affaires se nouent grâce aux jolies femmes. J’ai pensé que tu pourrais rencontrer mes clients.

Que veux tu dire exactement ? Dit-elle d’une voix mal assurée.

Allons, chérie ! Ne fais pas l’idiote... Tu m’as très bien compris.

Paul pose sa main sur la nuque de la jeune femme et la serre volontairement ; elle frissonne de peur sous sa poigne.

Ne fais pas cela, Paul, je t’aime tant !

Ah ! Petite garce, tu ne t’en tireras pas à si bon compte, tu n’as pas fini de me rendre des services : tu aimes l’argent ? Moi aussi. Tu m’as volé mon gain, avec ton cul tu me le rendras au centuple.

Non ! Dit-elle affolée.

Tu feras seulement ce que je te dirai, ou tu veux que j’utilise ce petit instrument ?

Paul sort de sa poche un couteau à lame étincelante, qu’il pose sous la gorge de Marie.

Pas de cri, pas de geste !

Cette menace est inutile, Marie est tétanisée par la peur, elle manque de s’évanouir. Il la gifle. Reprenant peu à peu ses esprits, Marie a peur, vraiment peur, elle se sent comme prise au piège. Elle fait sûrement un cauchemar, pense qu’elle va se réveiller et que tout redeviendra comme avant. Mais son calvaire ne fait que commencer. Il ne s’agit pas du tout du fruit de son imagination. Paul jubile, il a enfin sa revanche : au tréfonds de lui, il aime voir les femmes à sa merci.

Marie, menacer , va être obligée de se prostituée, elle est devenue l’esclave d’un véritable souteneur. Si elle sort de cette impasse, jamais plus elle ne rejouera et ne fréquentera ce milieu. Elle l’a appris à ses dépens. Elle hait cet homme : combien elle a été naïve ! Elle sent sa vie en danger et n’ose aller tout déballer à la police. Elle pense pourtant à ce charmant jeune homme qui l’avait si bien accueillie lorsqu’elle avait porté plainte pour sa voiture. Il ne la croirait pas et la prendrait sûrement pour une folle. De toute façon, Paul ne la lâchera pas d’une semelle. Alors, que faire ? Prévenir ses parents ? Elle le ferait bien, mais elle préfère qu’ils ignorent le plus longtemps possible dans quel piège elle s’est laissée prendre et le rôle dégradant que Paul la force à tenir. Quant à eux, n’ayant pas de ses nouvelles, ils se sont mis à sa recherche et leur démarche les a conduits au commissariat de police ; c’est Jean qui a reçu leur déposition, il les a assurés qu’il mettrait toute son énergie, tous ses efforts à retrouver la trace de la jeune femme.

Un après midi, Paul décide d’aller chez Marie.

Je vois que tu travailles bien et j’ai décidé de t’accorder une pose, cela mérite bien un petit câlin, n’est-ce pas ?

Il la tire vers lui avec énormément de fougue, bien plus qu’il ne l’aurait voulu. Marie ne bronche pas.

Allons, souris ! Tu es si belle, quand tu souris !

Lorsqu’il prend ce ton enjôleur ce qui se produit maintenant très rarement, Marie se sent fondre : malgré tout, elle l’a dans la peau. Elle réussit à faire un sourire qui ressemble plutôt à une grimace.

Voilà qui est mieux.

Paul jubile intérieurement, ivre du pouvoir qu’il possède sur Marie. Soudain la sonnette retentit.

Marie, ouvrez moi, je sais que vous êtes là ; c’est moi, Jean, je vous avez promis de passer.

Paul, inquiet, demande : « qui est-ce ? »

« Un ami », murmure-t-elle.

Marie se garde bien de lui dire que Jean fait partie de la police.

Ouvre-lui et essaie de t’en débarrasser au plus vite. Fais attention à ce que tu vas dire : un mot de trop et je vous descends tous les deux.

Enfin, je vous retrouve ! Où étiez-vous passée ? Cela fait plusieurs fois que je sonne à votre porte, j’avais très envie de vous revoir. Puis-je entrer ? Je ne vous dérangerai que quelques minutes, j’ai besoin de vous poser quelques questions.

Entrez, Jean.

Pris de panique Paul se réfugie dans la cuisine. En le voyant, Socrate, le mainate se met à crier : « Au voleur ! Au voleur ! »

Paul jette un regard autour de lui. Rapide comme l’éclair, il se dirige vers la fenêtre entrouverte et se sauve en courant. Jean se jette à sa poursuite. Sans une hésitation Marie compose le numéro du commissariat de police.

Elle a très peur pour Jean, car elle sait que Paul a toujours un couteau sur lui. Jean a été si gentil, jusqu’à venir prendre de ses nouvelles. Après une course folle, Jean arrête Paul. Paul blesse Jean à la jambe ; celui-ci sort son arme et tire sur lui. Les collègues de Jean arrivent rapidement à sa rescousse.

Remise de ses émotions et son témoignage enregistré au commissariat, Marie aperçoit Jean et l’interpelle :

Je ne sais comment vous remercier, vous m’avez sauvé la vie au risque de la vôtre.

C’est à votre mainate que revient tout le mérite. Il nous a permis d’éliminer ce dangereux malfrat recherché par nos services depuis des années. Faute de preuve, nous ne pouvions l’arrêter, il était coutumier du fait : il séduisait les jeunes célibataires, et, sur l’emprise de la menace, il les exploitait en se faisant entretenir sans le moindre scrupule. D’ailleurs, c’est une de ses protégées qui utilisait votre véhicule, lors de ses prospections, où, bien sûr, elle racolait le client. Voilà comment nous l’avons repérée : j’étais de patrouille, et machinalement, je regardais la file des voitures d’à côté. Le feu était rouge ; un peu plus haut sur l’autre file, j’ai aperçu une voiture qui ressemblait à la vôtre. Le feu passa au vert, je me faufilai et remontai jusqu’à la grosse Mercédes : Il me semblait qu’elle tanguait, partant de droite à gauche, elle frôlait le véhicule banalisé, je décidai donc de prendre en chasse l’automobiliste imprudente. Je m’aperçus que les plaques d’immatriculation venaient d’Espagne ; à regarder de plus près, il me semblait qu’elles avaient été changées. La conduite du véhicule me paraissait des plus douteuses. Je m’apprêtais à intercepter la conductrice pour la verbaliser, lorsqu’au sortir d’un virage, elle s’est encastrée dans un platane. Les pompiers l’ont transportée à l’hôpital, où elle est en réanimation ; nous procéderons à son interrogatoire dès que possible. Le véhicule a été remorqué jusqu’à la fourrière, il s’avérait que c’était le vôtre au vu des numéros de série.
Une fois la voiture vidée de son contenu, les enquêteurs découvrirent sur le pare-brise, tenu par l’essuie-glace, une publicité pour le casino Miami. Le soir même, je m’y rendis avec un de mes collègues. C’est là que j’ai compris ce qui se passait en vous voyant au bras de ce proxénète que nous n’avions jamais pu coincer. Puis-je vous demander une faveur, Marie ? J’aimerais vous revoir. Vous êtes la plus jolie femme que j’ai rencontrée. Je suis tombé amoureux de vous dès l’instant où je vous ai vue, mais moi, je ne suis qu’un simple inspecteur de police.
Voilà, vous savez tout . Enfin, le principal est que vous soyez saine et sauve. Marie, j’aimerais tant vous connaître .

Moi aussi, Jean... Tout est permis !L’histoire du casino est bien loin. Si la voiture n’avait pas été volée, nous ne nous serions jamais rencontrés.

Désormais, du langage de Socrate disparaissent les mots tels que : « Au voleur ! » ; par contre, si vous passez par là, vous n’entendrez plus que : « Bonjour mes petits cœurs ! »

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