Poésies

LA POESIE OU L’ART D’ECLAIRER LA VIE

 

 

 La naissance de la poésie française remonte à plus de 1100 ans, à la seconde moitié du IXème siècle, après qu’eut été écrit le premier texte supposé en langue française : Les Serments de Strasbourg. La poésie, qui a toujours été l’expression de l’âme humaine, s’est servie du français peu après que cette langue eut remplacé progressivement le latin, chez les lettrés surtout. Les tout premiers textes en poésie française, cependant, n’ont pas survécu dans les mémoires.

 Même si nous nous limitons dans cet article à la poésie française, il s’avère que la poésie a existé de tout temps et dans toutes les civilisations. Les poètes chinois et arabes ont connu leur heure de gloire avant les nôtres. Par exemple, au cours du temps, la poésie arabe a vu éclore des richesses. Empreinte, comme la nôtre, d’une profonde imagination, elle est très variée (éloges funèbres, poésie amoureuse, descriptive, philosophique, mystique…) et a suscité de grands chantres (Chawqui, Bichr Fârès, Tâj-al-Sir Hassan, Adonis…) Jubrân avec son poème « Le Prophète » a largement franchi les frontières. La Bible aussi, premier texte traduit en langue française, n’est elle pas un véritable chef d’œuvre d’art poétique dans certains de ses passages ? La poésie de langue française, par ailleurs, s’est établie chez nos voisins de langue française : en Suisse, les chefs d’œuvres poétiques en langue française prolifèrent ( Charles-Ferdinand Ramuz, Philipe Jaccottet…).La Belgique a aussi bien illustré notre langue poétique grâce à Emile Verhaeren, Odilon-Jean Périer, Norge… Dans le monde entier, de nombreux poètes ont mis à l’honneur la poésie de langue française, en particulier Edmont Jabès en Egypte, Georges Schéhadé au Liban, René Depestre à Haïti, Edouard Glissant en Martinique ou encore Paul Camberland au Québec, sans oublier l’illustre poète et homme d’Etat Léopold Sedar Senghor.

 Il apparaît difficile, de donner une définition de la poésie, variée dans sa forme et dans ses genres, et si différente selon les époques.

 Comme notre langue, notre poésie trouve ses racines dans le latin et le grec : leurs civilisations ont vu naître des poètes dont le renom a traversé les cultures qui leur ont succédé. Le mot poésie vient du grec « poiêsis » signifiant « création ». La poésie imprègne toutes les formes de création artistique et pas seulement la poésie par l’écriture. « Le propre de la poésie est peut-être de se refuser aux définitions…La poésie serait donc un langage autre que celui qu’on utilise habituellement pour parler ou écrire » nous dit le Grand Livre des Lettres. Il poursuit en précisant que la poésie se manifeste « …dans l’équilibre entre le son et les sens, la sensation et la pensée. Elle ne parle pas seulement à la raison mais à l’homme tout entier, à sa sensualité comme à son intelligence… ! La poésie ne réside pas dans une forme déterminée…mais dans la relation du poète au langage…Dans le langage poétique les mots sont choisis…pour leur pouvoir d’évocation, pour la puissance ou la couleur de leur sonorité ». « La poésie représente l’art des vers, par opposition à la prose » nous dit simplement la Nouvelle Encyclopédie Bordas. Dans l’univers Documentaire Hachette, il apparaît que « Si les poètes ne s’expriment pas comme tout le monde c’est parce qu’ils vivent au delà des apparences auxquelles s’arrête l’homme commun. ». On peut donc retenir, à la lumière du Grand Larousse Universel, que la poésie est : « l’art d’évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l’union intense des sens, du rythme, de l’harmonie… » et selon Mallarmé, « …l’expression par le langage humain, ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence ». Un autre grand poète, Paul Eluard, est d’avis que « c’est en s’appropriant la réalité et en la dominant que le poète fera une œuvre authentique. »

 Comme l’affirme la Nouvelle Encyclopédie Bordas « On divise ordinairement la poésie en cinq grands genres : La poésie didactique, d’intention morale, philosophique ou scientifique… ; la poésie dramatique qui comprend la comédie, la tragédie, le drame, l’opéra… ; la poésie épique, récit d’aventures héroïques et merveilleuses ; la poésie lyrique, qui exprime des sentiments personnels, intimes… ; la poésie pastorale ou bucolique… »

 En général, toute œuvre artistique dénote une approche poétique, qui évolue en fonction des époques et des cultures. L’architecture, la peinture, ou encore la sculpture, sont œuvres de « poètes », mais nous nous bornerons dans cette étude à l’art poétique sous sa forme littéraire.

 Sans chercher à remonter trop loin dans le temps, nous pouvons donner quelques précisions quant aux racines de la poésie.

 Dans l’antiquité, être poète c’était avoir un lien avec les dieux. La poésie s’apparentait donc au divin mais aussi à la beauté et à la connaissance. Elle était, d’autre part, presque inséparable de la musique et formait avec elle un tout harmonieux : « les aèdes grecs s’accompagnaient à la lyre ou à la cithare, tradition conservée jusqu’au Moyen Age, où trouvères et troubadours scandaient leurs vers sur leur luth ». (Univers Documentaire Hachette) Au XIVème siècle, la poésie va se détacher de la musique et du divin et donner une plus grande place aux amours humaines. La musique ne va cependant jamais quitter réellement la poésie. Ronsard destinait ses poèmes à la musique et la chanson a toujours intéressé quelques poètes, dont Verlaine, Fourest, Moréas. Plus près de nous, Charles Trénet et Georges Brassens ont su allier l’art poétique à la chanson et la musique. Une œuvre poétique abondante et merveilleuse nous est restée des temps anciens : nous pouvons citer par exemple, « Les Travaux et les Jours » d’Hésiode. L’étude de l’art poétique en occident a vu son point de départ au IVème siècle avant Jésus-Christ, avec la « poétique » d’Aristote. La poésie s’est développée par ailleurs dans le monde entier.

 La prosodie orale a précédé la prosodie écrite dans toutes les cultures, comme la parole a précédé l’écrit. La prosodie est en quelque sorte l’art de faire ressentir les sons… La poésie vient de l’âme humaine et ceux qui ont ressenti le besoin de la faire vivre ont sans nul doute composé et déclamé des vers avant de chercher à les transcrire. L’âme poétique se manifeste chez les poètes mais aussi chez tous ceux qui abordent la vie sous un aspect poétique sans pour cela dire ni rédiger de poèmes. Certains, en effet, vivent au quotidien poétiquement en s’émerveillant devant leurs actes ou ce que la vie leur apporte, sans ambition littéraire.. L’art réconcilie l’homme avec lui même, lui ouvre le chemin de la création et lui permet d’avoir aussi un impact sur la culture de son temps. La poésie est, avant tout, une façon différente d’observer le monde. Elle est une vision autre des hommes et des choses qui nous entourent, une perception plus subtile de l’environnement. Elle se traduit par divers arts, dont l’écriture poétique. L’expression poétique se scinde elle même en vers et prose poétique, écriture sans recherche de vers sous quelque forme que ce soit, classiques ou libres. Nous n’aborderons ici que l’approche poétique par la versification.

 La poésie n’est jamais resté figée. Elle a évolué, s’est transformée dans son aspect, son rythme au cours des époques. Cela montre qu’elle est vivante, qu’elle défie le temps. Elle porte tout autour du monde le flambeau de la pensée émotive, rythmée et coordonnée. Comme nous l’a dit Armand Robin, le poète et sa création sont universels :

 « Je ne suis pas breton, français, letton, chinois, anglais.

 Je suis à la fois tout cela.

 Je suis homme universel et général du monde entier »

 Le poète ne se limite pas et cherche à embrasser de son étreinte puissante tout ce qu’il peut saisir dans l’environnement qu’il côtoie. Selon le poète italien Gianni Rodari, « il faut une grande imagination pour concevoir des choses qui n’existaient pas encore, pour concevoir un monde meilleur que celui où nous vivons et pour se mettre à le construire ». Faire passer des idées nouvelles, fortes, bien agencées, susceptibles de faire évoluer les hommes et les sociétés incombe à la poésie. Elle régénère les auditeurs ou les lecteurs et les aide à se libérer et ressentir une plus grande ouverture. « Réinventons le monde », tel était le mots d’ordre de Gianni Rodari. La poésie a toujours apposé sa marque dans l’histoire des hommes de son temps. Ceux, hélas trop nombreux, qui ne l’ont pas entendue, se sont laissé guider par le pouvoir en place, refusant le bon sens du poète. La poésie recourt bien souvent au langage du cœur. Elle laisse de côté l’intellect débridé pour trouver sa source au niveau de l’émotion, principalement. Le langage poétique est fruit de grandes richesses, nées de l’intelligence et de la faculté de création humaines. Ce sont des guides sûrs pour mener les hommes vers demain. Suivant le poète Serge Essenines, « c’est pour tout comprendre mais ne s’emparer de rien qu’est venu en ce monde le poète ». C’est l’émotion qu’il éprouve en écrivant que le poète doit savoir communiquer dans les vers qu’il offre. L’émotion anime la poésie et le rythme la transporte.. Depuis ses débuts et donc bien avant l’avènement de la poésie classique, avec Malherbe, Boileau, sous le règne du Roi soleil, la poésie a toujours obéi à des règles de versification (rythme, rimes de terminaison des vers…) ceci jusqu’à la venue de la poésie contemporaine, où l’éclatement de la forme s’est accompagné d’un renforcement de l’importance donnée aux images et vibrations. La poésie s’appuie sur un langage équilibré, qui rejette la platitude, recherche le raffinement, la richesse des mots aux belles sonorités. Enfin, elle recèle parfois beaucoup de fraîcheur, de musicalité, de fantaisie, de lyrisme. Elle porte la marque de chaque poète, est empreinte aussi de rêve, d’éternité et le poète possède le don de lui faire atteindre le cœur et la sensibilité de ses auditeurs ou lecteurs. L’art poétique a été étudié de tout temps, et fort bien. Nous souhaitons simplement donner quelques points de repère sur la poésie au cours de son histoire afin d’en faire sentir toute l’importance et aussi montrer l’intérêt qu’elle revêt pour l’homme au IIIème millénaire naissant.

 

 

L’ENVOL DE LA POESIE FRANCAISE AU COURS DU TEMPS

 

Du Moyen Age au Romantisme, la poésie française s’enracine.

 

On peut faire remonter la poésie française au IXème siècle, époque où le pouvoir politique a reconnu la langue française comme langue nationale. Le français ne s’est pas implanté du jour au lendemain et pendant longtemps la France va en réalité conserver deux langues officielles : Le latin est resté très présent dans l’Eglise, le monde juridique, le monde intellectuel en général. Par ailleurs, les langues d’Oc et d’Oïl, qui constituent le langage populaire, continueront à être utilisées. D’autre part, l’imprimerie était encore bien loin de voir le jour et ce n’était que sur parchemin ou vélin, dans les monastères surtout, que les manuscrits étaient élaborés. Ainsi on comprend pourquoi la poésie française a eu beaucoup de mal à naître et ses prémices à être conservés. Il faudra attendre François Ier pour que le français soit imposé comme langue officielle et prenne dans le pays une bonne assise.. Un premier manuscrit poétique nous est parvenu, le long poème : « La cantilène de Sainte Eulalie », qui date du Xème siècle et qui est en fait une chanson. A cette époque, poésie et chanson étaient intimement mêlées bien souvent et ce n’est que plus tard qu’elles se sont dissociées. Les chansons de gestes, encore appelées épopées au XIème siècle, étaient à la fois des poèmes et des chansons, que les troubadours et les trouvères composaient, déclamaient et chantaient en s’accompagnant d’un instrument. Ces chansons proclamaient l’amour ou relataient d’héroïques exploits mais aussi des faits historiques ou sociologiques. Ces textes de poésie lyrique ou d’amour courtois donnent le grand point de départ à la poésie française. « La Chanson de Roland », au XIIème siècle, en est le plus marquant… Les troubadours et trouvères se rencontraient dans toutes les classes sociales, aussi bien parmi les seigneurs que chez les gens du peuple instruits. Les textes pouvaient être chantés ou récités dans les châteaux ou dans les lieux publics (places, foires…). Il faut savoir que c’est dans la France du sud, où l’on parlait la langue d’Oc plus raffinée, que sont d’abord apparus les troubadours. Une grande envolée de poètes y verra le jour. C’est ensuite au XIIème siècle dans la France du Nord, de langue d’Oïl, que va se propager cette éclosion poétique. Les nouveaux poètes, appelés trouvères, vont nous apporter leur poésie, toutefois moins fine et davantage empreinte de vie quotidienne.

 

 Le Moyen Age, bien qu’époque très troublée, particulièrement au XIV et XVèmes siècles par la guerre de cent ans, les grandes épidémies et la peste noire, a vu le développement d’une poésie de qualité. Surtout dans les époques sombres, et du X au XIIème siècles, où les hommes vivaient dans la terreur de la fin des temps, s’est élaborée principalement dans les monastères, et sous l’égide de Charlemagne, la création poétique et littéraire. N’oublions pas que ce sont les mêmes monastères qui ont donné plus tard naissance aux premières Universités. Eustache Deschamps dans ses poèmes condamne fermement la guerre, tandis que la poétesse Christine de Pisan, dénonce la misère des femmes et se montre la première à revendiquer des droits pour ces dernières. Arnoul Greban nous offre au XVème siècle « Le Mystère de la Passion », long poème remarquable dépeignant l’histoire de l’humanité jusqu’à la crucifixion de Jésus-Christ. Vers la fin du Moyen Age, le poète François Villon et Charles d’Orléans vont donner un nouvel éclat à la poésie en y faisant passer leurs émotions sincères. Il annoncent ainsi la Renaissance, en se détachant du marasme dans lequel vit leur époque ainsi que des périodes pénibles qui l’ont précédée. Il faut savoir aussi que, dès la deuxième partie du XIVème siècle, le français va commencer à se transformer peu à peu pour devenir, par la suite, le français moderne.

 

 La Renaissance va voir l’apparition des Humanistes. L e souverain très cultivé François Ier va les aider fortement à se faire leur place dans la société française. La Renaissance italienne, qui a commencé bien avant la nôtre, a influencé notre poésie. Avec la possibilité d’utiliser l’imprimerie, qui venait d’être inventée, la Renaissance française va pouvoir donner un élan sans précédent à la poésie, comme à la littérature en général. Jusque-là les ouvrages étaient en grande partie consacrés à des sujets religieux et ils vont dès lors traiter des thèmes culturels les plus divers. Un grand bouleversement va s’opérer dans la communication écrite et ce ne sont plus quelques manuscrits qui vont pouvoir circuler dans des lieux privilégiés, mais de nombreux ouvrages qui vont toucher la population dans son ensemble. Les textes grecs, romains, seront disponibles après avoir été traduits et apporteront aux hommes de nouvelles connaissances remontant à l’Antiquité . Les poésies antique et italienne vont considérablement enrichir notre patrimoine poétique. Le poète Clément Marot a bien marqué cette époque ainsi que la poétesse Louise Labé, de même qu’une assemblée de poètes qui vont faire de Lyon un des lieux les plus prestigieux de la poésie en France. Vers le milieu du XVème siècle, sept poètes, dont Ronsard et Du Bellay, constituèrent un groupe appelé « la Pléiade » en mémoire de sept poètes grecs du IIIème siècle avant Jésus-Christ, qui s’étaient ainsi nommés.. Il est intéressant de savoir que dans la mythologie, les pléiades désignaient les sept filles d’Atlas et de Pleioné, qui se retrouvèrent métamorphosées en étoiles. Les poètes s’imprègnent des concepts poétique de l’Antiquité et il vont ainsi enrichir la langue française. « La Défense et l’Illustration de la langue française » de Du Bellay, ouvrage publié en 1549, sera leur « manifeste poétique ».

 Un style de poésie, lorsqu’il n’est pas dans la continuité d’un autre, s’insurge souvent contre un style qui l’a précédé ou contre un fait de société du moment. Ainsi la poésie baroque, qui a succédé à celle de la renaissance, avait un style bien plus chargé, pour montrer son opposition aux protestants, qui recherchaient le plus grand dépouillement en matière d’art. Les guerres de religion et la Fronde, que va connaître la France après le calme de la Renaissance, vont provoquer une époque profondément troublée et instable. La poésie s’en ressentira, en étant tourmentée et en faisant beaucoup appel à l’imagination. Cette forme de poésie est partie d’Italie et a envahi l’occident, dont la France, avec, entre autres, les poètes Agrippa d’Aubigné, Sponde et Antoine de Saint Amant. Parallèlement au baroque, une poésie religieuse se développe également dans la deuxième partie du XVIème siècle dans le climat passionnel de l’époque, avec notamment le poète protestant Agrippa d’Aubigné et le poète catholique Ronsard. La préciosité, dans la continuité du baroque, est un style de poésie plutôt mondaine, né au début du XVIIème, qui va surtout intéresser les nobles. L’hôtel de Rambouillet, devient le centre le plus important de cette poésie de salon, dans laquelle on décortique l’amour et ses subtilités en recherchant la pureté du langage. Le raffinement de l’expression poétique, les mots d’esprit y sont à l’honneur. De nombreux poètes en vogue ont fréquenté les salons de la Marquise de Rambouillet, tels Tristan l’Hermite, Malleville, Voiture, Saint-Amant et Corneille. Ce dernier fera le lien par certains traits de sa poésie empreints de rigueur, avec le classicisme qui va suivre.

 « Enfin Malherbe vint ! » : c’est ainsi que Boileau présente celui qu’il considère comme le grand réformateur de la poésie, celui qui va dans la première moitié du XVIIème siècle faire jaillir véritablement le classicisme. En restructurant la poésie, il libérera celle-ci du baroque. Il sera fort aidé par la fondation à son époque de l’Académie française, qui va rapidement publier des écrits de prosodie poétique. Malherbe, dans sa recherche de réforme, va donner à la poésie une expression plus claire, simple et nette et davantage de richesse et de pureté aux vers. Il va en rejeter les artifices au profit de l’austérité et doter sa poésie de grâce. Il va aussi vouloir rompre avec la culture de l’antiquité et accorder à la poésie un cadre culturel cohérent. Bien sûr, un style de poème ne s’évanouit pas dès la venue d’un autre. Le baroque va demeurer encore longtemps dans la poésie, apparaissant notamment chez La Fontaine, comme cela est aussi le cas pour les divers styles qui l’on précédé. De même, les références à l’antiquité ou encore la poésie religieuse imprégneront bien longtemps certains poètes. Au cours des siècles, la poésie s’est donc enrichie de nouveaux genres sans évincer complètement les précédents. Les poètes classiques, tels Racine, Molière, La Fontaine, verront l’apogée de cette nouvelle poésie, défendue par Boileau dans son traité sur « L’art Poétique ». L’extravagance qui était prisée dans le baroque est désormais caduque. La poésie classique allie le charme à la noblesse en se voulant par certains côtés héritière de la tradition grecque et romaine. La rigueur et l’ordre y sont recherchés ainsi que la régularité dans les vers. A l’époque de Louis XIV, la poésie classique se développe pour devenir un modèle et s’inscrire dans l’élan culturel et artistique de cette période. Les pensions royales de Louis XIV vont donner aux écrivains et poètes les moyens de se consacrer totalement à leur art. Descartes trace en quelque sorte la philosophie de la poésie classique : raison, raffinement, maîtrise. C’est surtout une poésie de théâtre.

 La fin du siècle sera marquée par les guerres, qui engendrent ruine et misère. La dernière partie du règne de Louis XIV ne connaîtra pas le même prestige et les dépenses exorbitantes pour le faste royal seront critiquées par le peuple, qui connaît la misère . Une évolution dans les idées dès la fin du siècle et le début du XVIIIème siècle se fait jour dans la société. En conséquence, la poésie va connaître un certain déclin et un moindre intérêt va lui être porté. A la fin du XVIIème siècle, la Querelle des Anciens et des Modernes oppose dans des débats d’idées Boileau, La Bruyère, La Fontaine à la nouvelle génération de poètes, tels que Fontenelle et Perrault. Des idées nouvelles germent bien que la valeur des classiques soit toujours reconnue. Les besoins de la société évoluent et les mentalités changent. La révocation de l’Edit de Nantes, par ailleurs, est loin de mettre un frein aux polémiques religieuses comme en témoignent les débats d’idées entre le protestant Bayle et le catholique Bossuet. Le XVIIIème siècle connaît une grande ouverture intellectuelle et un goût pour les voyages et l’exotisme. Le commerce maritime avec l’Amérique et l’Inde, ainsi que le départ de nombreux missionnaires chrétiens pour la Chine vont ouvrir des horizons nouveaux. Tout cela supplante l’intérêt porté auparavant à la poésie. La société mondaine suscite aussi des attraits nouveaux. Elle consacre beaucoup de temps aux divertissements oubliant ainsi la poésie traditionnelle. Des madrigaux au badinage, ou encore empreinte de libertinage, une autre forme de poésie éclot. Au milieu du siècle, la poésie anglaise s’infiltre aussi dans notre pays. Le XVIIIème siècle voit aussi l’apparition des grands philosophes (Voltaire, Diderot, J.J. Rousseau…). En ce siècle des lumières, la poésie connaît donc une véritable crise. La prose impose sa supériorité sur la poésie, qui se teinte de philosophie, avec Voltaire, par exemple. L’accroissement des écrits philosophiques et politiques nuit à la poésie, mais la culture en est enrichie et s’étend bien au delà des salons parisiens et des cercles intellectuels, grâce à l’encyclopédie de Diderot, en particulier. Si la première moitié du règne de Louis XV fut glorieuse comme celle de son prédécesseur, la seconde est marquée, comme pour le précédent, par la misère, les échecs militaires, les manques financiers. Le souverain va de plus en plus être contesté et les parlements s’agiter sous l’impulsion des idées philosophiques pour conduire le pays à la révolution française de 1789.

 Un poète de l’époque révolutionnaire, André Chénier, va contribuer fortement à donner un nouveau souffle à la poésie et à en restaurer l’image. Comme beaucoup de personnes et d’intellectuels de cette époque, sa vie, hélas, va être écourtée par le passage à l’échafaud. Il prônait le progrès intellectuel, avec la tradition pour support, et son œuvre heureusement survivra à cette période troublée et sera publiée en1819, avec notamment « La Jeune Captive ». D’autres poètes, heureusement, purent franchir le cap de la révolution (Parny….), où l’antique revint à l’honneur en poésie. De grandes passions poétiques naissent dans cette période particulièrement bouillante et le romantisme y puisera sa source . Comme l’histoire nous l’a montré, la raison pure de Robespierre fut circonscrite. La poésie, tantôt a suivi les faits de société, tantôt les a précédés, mais elle a fait toujours avancer les idées. Lamartine sentait déjà les dangers liés à l’industrialisation, à la croissance des grandes villes, à la mécanisation de la vie quotidienne, en fait ceux du monde moderne qui se mettait en route. La poésie cherche en quelque sorte toujours à conduire la destinée humaine. Un jour elle ouvrira grand aux hommes les portes de cette « Société idéale » après laquelle ils courent depuis des millénaires.

 Un nouveau courant se répand dans la première moitié du XIXème siècle : le romantisme. L’ouverture apportée par les guerres napoléoniennes inspire les grands poètes qui marquent cette époque et renouvellent la poésie française. Victor Hugo est surtout influencé par l’Espagne, Gérard de Nerval par l’Allemagne et Alfred de Musset par l’Italie. Lamartine va écrire ses « Méditations poétiques », œuvre publiée en 1820, sous l’emprise du rêve. Le romantisme va s’appuyer sur la pensée de J.J. Rousseau, en particulier, et accorder une grande place au sentiment « Ah ! Frappe toi le cœur, c’est là qu’est le génie » dira Musset. Il naît en réaction au classicisme, reconnaît la faiblesse de l’homme face à la nature et au temps et donne une grande importance à la liberté. Une sensibilité à fleur de peau émane de cette poésie, et l’enthousiasme de même que les passions y apparaissent très présents. S’y révèle aussi une recherche de légèreté et de rêve. Le romantisme, période poétique très riche, va s’éteindre avec Lamartine et Hugo, ce dernier, philosophe autant que poète, laissant le plus libre cours à l’imagination poétique.

 

La poésie moderne : des ouvertures nouvelles.

 

 L’après révolution de 1848, c’est à dire la deuxième partie du XIXème siècle s’illustre par des poètes tels que Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, qui vont ouvrir la voie à la poésie contemporaine. « Les Fleurs du Mal », de Baudelaire, se heurte à la morale bourgeoise du temps. Il rompt avec la tradition. Verlaine va, notamment dans les « Fêtes galantes » commencer à libérer le vers. Rimbaud, dont le style brillant se révèle, dans « Le Bateau Ivre » en particulier, suivra la même voie. Il dit que le « poète doit se faire voyant », chercher à briser la « vieillerie poétique » et aussi aider à changer de vie. Toute une philosophie nouvelle de la pensée va naître de ce poète d’exception.

Théophile Gautier élargira aussi le champ de la poésie, spécialement dans son poème « L’Art ». Baudelaire dira de lui que c’est un « parfait magicien des lettres françaises ». Germain Nouveau, dans son recueil « La doctrine de l’amour » en 1881, et Tristan Corbière, avec « Les Amour Jaunes » en 1873, vont poursuivre la libération du vers. Un vent nouveau souffle sur la poésie française, laquelle va s’envoler vers des horizons moins formalistes.

Les parnassiens, qui doivent leur nom à la revue « Le Parnassien Contemporain », voient le jour dans les années 1860. Au début, vont y écrire Baudelaire et Verlaine. Mais le père de l’école parnassienne est véritablement Leconte de Lisle, dont la poésie austère, grandiose et rigoureuse, libère elle aussi le vers. Théophile Gautier et José Maria de Hérédia en deviennent les principaux chefs de file. Des sensibilités différentes se côtoient dans une même recherche de beauté poétique, au sein des Parnassiens, très influencés par les romantiques. L’art est au centre de leurs préoccupations. Il ne doit être au service de rien d’autre que lui même et ne doit servir qu’à lui même. Ce sont des observateurs plutôt pessimistes de la nature des choses et dans l’ensemble ils optent pour la forme « fixe » et l’emploi de mots savants. Une partie des poètes parnassiens évolueront vers un mouvement qui va prendre naissance : « Les Symbolistes ».

 La fin du XIXème siècle va être profondément troublée et les hommes politiques ne savent plus trouver aucune unité ni faire naître aucun idéal. Le conflit entre les bourgeois et la classe ouvrière montante grandit. Dans cette conjoncture très mouvementée, de nombreux poètes, dont Huysmans et d’autres artistes, se réunissent autour de Stéphane Mallarmé. Leur mouvement deviendra « Le symbolisme ». Pour l’heure, ils sentent arriver la fin d’un temps et leur poésie reflète la venue de temps nouveaux. Ils essaient d’explorer la nature profonde de l’homme, la relation entre ce dernier et la nature. Tous cherchent à « substituer le rêve de la réalité à la réalité même », comme l’exprime l’un d’eux, Huysmans. Un autre, Henri de Régnier, estime que tous les vrais poètes sont des initiés. C’est dire l’emprise des mystères, des mythes, du spiritualisme à cette époque !

 Dans cette période de transition, où le développement de la science, du progrès technique, de l’industrialisation, prend de plus en plus d’ampleur, va donc naître le symbolisme, dont la vogue s’étendra jusque vers 1910. Tout montre que les temps vont changer et que s’ouvrent des lendemains différents avec, notamment, la première exposition universelle à la Tour Eiffel, puis la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. La poésie, elle aussi, fait éclore une profusion de styles divers, dans cette première moitié du XXème siècle. L’un des poètes symbolistes, défenseur des vers libres, Gustave Kahn, dit de ce style : « Mettons que le symbolisme ait surtout voulu dire à un certain moment antinaturalisme, antiprosaïsme de la poésie, recherche de la liberté dans les efforts d’art, contre l’enrégimentation parnassienne ou naturaliste. ». On peut difficilement donner une seule définition du symbolisme, qui regroupait des poètes bien divers (Saint-Pol-Roux, Henri de Régnier, Jean Moréas…) car certains d’entre eux alimentèrent des courants rivaux. C’est ainsi que Jean Moréas publia en 1886 un manifeste du symbolisme, mouvement qu’il quittera cinq ans plus tard afin de fonder sa propre école. Les symbolistes s’appuient sur des poètes précurseurs de la poésie moderne (Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé) pour certaines de leurs tendances. Au début du XXème siècle, le mouvement était déjà diffus. Des divergences commencent à l’effriter (manifeste du naturalisme, éveil de l’esprit national, humanisme…). Deux poètes provocateurs, Alfred Jarry et Raymond Roussel, vont encore accentuer l’envol vers la poésie contemporaine. Les poètes cherchent de plus en plus à lier la poésie à la vie réelle. Comme les styles poétiques se chevauchent au fil du temps et perdurent après leur période faste, les poètes empruntent à plusieurs d’entre eux, surtout au XXème siècle.

 En même temps que les symbolistes, d’autres écoles et mouvements sont nés. Les « Fantaisistes » étaient au départ un groupe d’amis, dont Francis Carco, se réunissant à Agen en 1907. D ‘autre les rejoignirent plus tard, comme Jean Pellerin et Chabaneix, et c’est en 1912 que le groupe se définit comme « fantaisiste », en réaction aux Académiciens, qui se prenaient trop au sérieux à leur goût. Ils prônent la simplicité, la liberté en poésie et veulent exprimer de grands sentiments, souhaitant agrémenter leur poésie de la fantaisie d’un Villon ou d’un Verlaine. En 1906, quelques poètes, dont Georges Duhamel, font le choix d’essayer de vivre une vie communautaire à l’Abbaye de Créteil, en y fondant une imprimerie. Ils voulaient s’éloigner des symbolistes, faire de la poésie réaliste en observant la vie collective, la vie de groupe. Ils sont dans la tradition du courant des utopistes, né au XIXème siècle. Un poète très proche de leurs idées, Jules Romains, leur confie son manuscrit de poèmes, « la Vie unanime », et, en 1908, lorsque leur tentative se termine, « l’Unanimisme » leur succède. Ce mouvement poétique, qui a eu une certaine influence, rédige un « petit traité de versification », écrit en collaboration par Jules Romains et Georges Chennevière. Un peu plus tard, en 1916, en pleine grande guerre, va naître le mouvement Dada sous l’impulsion du poète Tristan Tzara. Celui-ci, parti de Suisse, ne regroupera pas que des poètes, mais aussi des écrivains et autres artistes de France et d’autres pays d’Europe et il aura un retentissement certain. Il réunissait des pacifistes en révolte contre la guerre, le vieil ordre social et ses valeurs hypocrites. Les poètes étaient dans la désespérance face à tant d’hommes qu’ils voyaient tuer et le monde qui leur apparaissait s’écrouler autour d’eux. Ils avaient peu d’espoir en l’avenir. Parfois caricaturaux et négativistes, les dadaïstes étaient en recherche d’un absolu moral. D’autres poètes de grand talent les rejoignirent, comme Louis Aragon et André Breton, qui publièrent une revue « Littérature », dans le même esprit, à laquelle participe ensuite le fondateur même du dadaïsme : Tristan Tzara..

 Après la première guerre mondiale, sous l’égide d’André Breton va naître le « surréalisme ». Celui-ci, dans la lignée du dadaïsme, mais plus positif que lui, va chercher à construire et à traduire dans l’écriture une nouvelle façon de vivre. Dans le « Premier Manifeste du Surréalisme » en 1924, Breton va expliquer cette nouvelle tendance poétique : « surréalisme : automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement de la pensée. ». Dans cette ligne vont être créées des revues, dont « la Révolution surréaliste ». Les nombreux poètes que regroupe ce mouvement, dont Aragon, Soupault, Eluard, Péret, cherchent avant tout à augmenter leurs connaissances et à travailler au niveau de l’inconscient. Ce nouveau mode d’expression va marquer les temps futurs et, en particulier, se refléter dans la révolution de mai 1968. Il va faire une grande place à l’imagination, à la recherche d’émancipation de l’homme. Tous les poètes de l’époque ne vont pas, bien sûr, rejoindre les surréalistes malgré l’importance qu’ils ont prise. Certain vont rester fidèles à la tradition symboliste (Milosz, Saint John Perse, Léon-Paul Fargue…), d’autres choisissent d’autres voies (Jouve, Ponge…). Sous la poussée des idées nouvelles, les poètes, depuis le début du XXème siècle, cherchent à s’ouvrir aux réalités de la vie, s’émerveiller de ce qu’offre le monde et louer les promesses du progrès. Dans l’ensemble, la poésie prend une nouvelle orientation. Du rêve de la vie, elle passe à l’emprise sur la vie concrète, de la peur et de la fuite face à la montée de la science et l’industrialisation elle évolue vers la recherche de leurs bienfaits. Elle clame les belles créations humaines qui voient le jour au milieu et au travers des guerres. L’un de ses plus grand chantres, Guillaume Apollinaire, face au monde qu’il sentait s’écrouler, insistait pour sentir les bons moments passagers et en profiter. Réunissant autour de lui un groupe d’artistes, il veut rompre avec le vieux monde et chanter les beautés de la vie. « L’Esprit nouveau » d’Apollinaire va dans le sens de ce nouveau monde qui s’ouvre aux poètes, où le voyage et l’exotisme prendront une grande place . Les modèles nègres vont supplanter les modèles antiques dans l’inspiration des artistes.

 Entre le classique et le libre une autre forme de vers va aussi voir le jour dans cette première moitié du XXème siècle : le Néoclassique. Trois poètes d’envergure vont lui donner naissance : Charles Peguy, Paul Valéry, Paul Claudel. Cette poésie conserve certaines règles du classique (césures, rimes ;..) mais assouplit le formalisme en en supprimant d’autres. Valéry est conscient que la raison et la passion s’affrontent et qu’il peut concilier les deux. Il va donc chercher à harmoniser le classique et le lyrique. Claudel précise, quant à lui, son idée de l’art poétique : « La poésie est l’effet d’un certain besoin de faire, de réaliser avec les mots l’idée que l’on a eue de quelque chose… »

 Les guerres réveillent l’âme poétique. Nous l’avons vu pour la première guerre mondiale, avec le mouvement Dada entre autres, et cela va être plus marquant pour la seconde. La poésie clandestine, très active et brillante durant la période de la résistance, a été marquée par des poètes tels que Pierre Emmanuel, René Char, Paul Eluard, Aragon et d’autres. Ils étaient une lumière d’espoir pour la France et le monde occidental en danger. Des recueils et des revues circulaient clandestinement aussi bien en zone sud qu’en zone nord. En 1942, les éditions de Minuit avec la grande collaboration de Paul Eluard publient clandestinement un ouvrage regroupant plusieurs poètes et leurs œuvres : « L’honneur des Poètes ». En 1944, une nouvelle anthologie, sous le nom de « Europe », réunira des œuvres de poètes de divers pays occupés. Georges Emmanuel Clancier publie en 1943 « Le temps des Héros » et Alain Bosquet en 1945 « La Vie est Clandestine ». Un groupe de poète, durant cette période de guerre, a choisi une vie plus tranquille et ils se réunissent régulièrement chez l’un d’eux, Jean Bouthier, à Rochefort. Ces poètes lyriques n’avaient pas pour objectif de définir de nouvelles règles en poésie mais simplement de se retrouver entre amis dans une ambiance poétique. Dès 1914, ils éditèrent une revue, « Cahiers de l’école de Rochefort », qui devait continuer jusqu’en 1945. Ils exprimaient un fort sentiment d’appartenance à la nature, dans la lignée de la Pléiade. L’un d’eux, René-Guy Cadou, dit que « La poésie s’est mise à bouger dans les sens des feuilles… participant aux saisons de l’homme et à celles de la Terre… ».

 

 A partir des années 1950, dans le courant existentialiste, sur fond de lyrisme moderne, la poésie contemporaine va vraiment voir le jour (Yves Bonnefoy, Robert Sabatier, Denis Roche). La poésie va prendre diverses orientations : philosophiques (Claude Esteban, Michel Deguy…), fantastique (Jean Joubert…) réaliste (Yves Martin…) exotique (Daniel Biga…) divine (Charles Le Quintrec…) et d’autres encore. C’est à cette époque aussi que divers genres poétiques sont nés, tel le lettrisme dans les années 1960 avec Isidore Isou. Des poètes vont aussi jeter un regard sensible sur la nature, cherchant également à la protéger face au monde moderne de plus en plus polluant, et d’autres se lancer dans la poésie humoristique. En 1960, il sera publié : « La Poésie contemporaine de Langue Française », ouvrage auquel participera Jean Breton, en particulier, et, en 1964, un manifeste poétique « La Poésie pour vivre », rédigé par ce dernier et Serge Brindeau. Ceux-ci vont rallier de nombreux poètes et ceux de la « Nouvelle Vague » des années 1960, jeunesse empreinte de beaucoup d’enthousiasme et de romantisme. La poésie va prendre de plus en plus de place dans la vie de l’homme de tous les jours et toucher progressivement toutes les classes sociales. Cette poésie contemporaine, qui a trouvé sa liberté, tant recherchée depuis la seconde partie du XIXème siècle, va devenir un mode d’expression et de communication à la portée de tous. Des poètes chanteurs, dont Charles Trénet, Georges Brassens, Léo Ferré vont remettre à l’honneur le mélange poésie, chanson, musique. La poésie saura-t-elle redonner à l’homme cette liberté tellement nécessaire que nos sociétés trop cartésiennes et figées dans le matérialisme tentent de lui enlever ? C’est ce qu’il faut souhaiter si nous voulons que la nature humaine dans ce qu’elle a de plus beau puisse avoir encore quelque impact bénéfique sur notre monde en détresse. En tout cas la poésie a su à notre époque contemporaine trouver sa véritable dimension. Une rupture a pu s’opérer avec la tradition, contrairement à ce qui se faisait dans les courants passés et la poésie est devenue aussi de plus en plus universelle. Tout en conservant la place qui lui est due à la poésie classique, la modernité a su heureusement en analyser les règles et arriver au vers libre afin de permettre ainsi à toutes les sensibilités de s’exprimer . Au début du XXème siècle, le vers libre, en réaction au symbolisme, commence à prendre forme et après les années 1950, la poésie en vers libre va connaître une grande expansion et se diversifier beaucoup. 

 

 

LES MIRACLES DE LA POESIE

  

La poésie : un pas vers la beauté

 

  La poésie est l’émanation de l’âme humaine. Elle permet d’entrevoir ce qu’il y a de plus précieux dans l’être humain, ses émotions, ses pensées, ses désirs, ses états d’âme. La poésie fait jaillir toute la richesse qui sommeille dans le cœur des hommes. Elle est ce mode d’expression qui fait voir la vie sous un jour plus proche de la sensibilité. La poésie aide à appréhender le monde en devenir afin de donner des points de repère pour guider les hommes et les sociétés vers des lendemains plus clairs. La poésie transcende le raisonnement pour nous livrer les émois de ses compositeurs. Tous les hommes empreints de bon sens devraient avoir la simplicité et l’humilité d’être à son écoute. La poésie prend des formes variées au cours de différentes époques, mais son esprit reste toujours le même. Elle est une des valeurs saines et sûres pour tous les temps et le chemin qui permet de trouver ou de retrouver la paix du cœur. Elle anime toute création littéraire où filtre l’émotion. Les vers lui donnent cet ordre nécessaire à l’expression de sa noblesse. La poésie apporte à l’écriture la musique, mais aussi le rythme, les vibrations. Elle l’enveloppe dans une sorte de voile lumineux. La poésie, rêve ou réalité ? Elle est une force vive qui régénère la nature humaine. Elle est le miroir de trésors intérieurs des êtres humains. La poésie est une porte sur la vie. Elle permet d’aborder celle-ci d’une façon plus directe et c’est par elle que l’essence de vie s’exprime le plus abondamment.

 

 La poésie permet de vivre

 Au delà du temps,

 Au delà de l’espace,

 Délivrant ainsi l’homme…de son fardeau quotidien.

 

 La poésie est pour l’homme

 Ce que la rosée est pour la fleur,

  Elle fait briller son esprit

  Comme le soleil de l’aurore naissante.

 

Le poète est le porteur des trésors de la vie. Le poète mord la vie à pleines dents. Il l’aborde avec le regard de l’enfant et s’émerveille des images qu’elle met sur son chemin. Le poète ne se laisse pas aller aux faux-semblants qui animent trop d’hommes, mais il sait conserver la jeunesse du cœur, qui lui accorde de vivre plusieurs vies à la fois. Il met en avant ses qualités d’imagination, d’intuition ou encore de visionnaire . Il conduit à des dimensions nouvelles et mène les hommes vers des sentiers autres. Le poète traduit un langage subtil, à lui seul perceptible dans son environnement. Après avoir senti les choses et les êtres, il a l’art ensuite d’assembler les mots et de les faire vibrer. Le poète est celui qui ouvre les portes de l’avenir et fait jaillir des étincelles d’espoir par le monde.

 Etre poète… c’est se relier à l’autre par des mots,

C’est un état d’être…vrai,

C’est avoir un esprit en devenir. 

 C’est se transporter vers un ailleurs.

 La poésie à message a de tout temps mis en garde l’humanité contre les fléaux qui la minent ou la guettent et lui a donné de nouveaux élans d’espoir. Au travers de quelques passages poétiques voyons quelle mise en garde des poètes ont voulu nous donner sur le monde moderne. « La civilisation moderne, voilà l’ennemi. C’est l’ère de la caricature, le triomphe de l’artifice. Une tentative pour remplacer l’homme en chair et en os par l’homme robot. Tout est falsifié, pollué, truqué, toute la nature est dénaturée !… » nous a dit Joseph Delteil. Le poète Marc Alyn ajoute dans « La planète malade »

 « Je ne sais pas ce qui se passe

 Dit la terre, j’ai mal au cœur !

 Ai-je trop tourné dans l’espace

 Ou bu trop d’amères liqueurs ?

 Les boues rouges, les pluies acides,

 Le vert de gris, dans l’or du Rhin,

 Les défoliants, les pesticides,

 N’en voilà des poisons malins »

 

Jules Supervielle, lui pense que :

 « Le monde est devenu fragile

 Comme une coupe de cristal !

 Les montagnes comme la ville

 L’Océan même est mis à mal »

 

Claire Goll a, quant à elle, une vision de la société de demain si l’homme continue dans la seule voie du progrès en ignorant les lois de la nature :

 « Etoiles sans ciel

 Mers sans poissons

 Oiseaux sans voix

 Corps sans cœurs »

 

Le poète Jacques Jourquin, en pensant

 « Et si l’écologie

 N’était pas autre chose

 Que l’écho logique des choses »

Ouvre la voie à une nouvelle approche de la nature et de l’environnement.

 

 Eh oui, notre chère mère nature, pas plus que la sensibilité de l’homme, il ne nous faut les oublier dans nos élans vers le progrès : combien les poètes nous l’ont répété et nous le scandent pour le faire pénétrer dans nos consciences ! Sinon, eux le savent, le progrès technique, informatique et autre, au lieu de nous libérer, nous happera. Le poète depuis la nuit des temps, est conscient de ce danger et il ne cesse de vouloir nous prévenir sous diverses formes d’expression. Il nous l’a dit sur tous les tons qu’il ne fallait pas blesser cette nature qui est notre mère et qui se reflète dans notre constitution d’homme. Il nous l’a chanté sur tous les airs cet amour qui embellit les âmes et rend légère la vie. Il continuera à nous alerter car c’est son bon sens dans ses élans vibratoires qui ne peut trouver le repos tant que les sociétés ne l’auront compris. La nature, elle, est toujours là, notre mère qui nous ouvre les bras, mais elle pleure souvent maintenant et aussi se révolte. L’homme, hélas dégénère, en devenant un robot de sa propre création. Il en oublie d’être humain avec ses élans du cœur, sous le regard de sa mère nature blessée. Par la bouche du poète dans ses cris d’amour, écoutons la voix de la raison.

 

 La poésie de la nature et de l’amour ou les élans vers la beauté : Déjà Sapho de Lesbos au XVIème siècle avant Jésus-Christ chantait dans des vers superbes sa vision de la nature et celle de l’homme, et de la femme bien sûr.

 « Alors la rosée répand en gouttes sa beauté

 Alors s’épanouissent les roses,

 Le délicat cerfeuil, les fleurs du mélilot »

 

La poétesse grecque Nossis de Locres, au IIIème siècle avant Jésus-Christ nous a ensuite enflammés avec sa verve limpide :

 « Elle a versé le poème brûlant

Dans la bouche des vierges »

 

Ronsard mettait en garde déjà l’homme contre les tourments qu’il infligeait à la nature :

 « Ecoute, bûcheron, arrête un peu le bras.

 Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;

 Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force,

 Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce » ?

 

 Le poète ne cesse pas de nous alerter : « C’est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas ». (Victor Hugo). « On ne construit pas contre nature » (Philippe Jones). « Plus il y a dans un état de machines pour soulager l’industrie de l’homme, plus il y a d’homme qui ne sont des machines » (Louis de Bonald). « Ne permettons pas qu’on nous enlève la part de nature que nous renfermons. N’en perdons pas une étamine, n’en cédons pas un grain d’eau » (René Clair). « Quand la nature aura passé, l’homme la suivra » (Roger Heim). « La nature est toute entière ordre et tout entière miracle, c’est l’ordre qui est miracle » (Saint Augustin). Ce grand écrivain chrétien, poète à ses heures nous a dit aussi « Aime et fais ce que tu veux. »

 La nature a de tout temps été saluée par les poètes comme notre mère, celle qui porte en elle les trésors qui maintiennent et énergétisent notre vie et n’ont cessé de nous demander de la respecter en tant que telle et de ne jamais nous éloigner d’elle. Cet état d’esprit du poète se perçoit bien dans un extrait magnifique « Hymne à la terre », de Guillaume du Bartas.

 « … Je te salue, ô terre, ô terre porte grains,

 Porte or, porte santé, porte habits, porte humains

 Porte fruits, porte tous, calme, belle immobile,

 Patiente, diverse, odorante, fertile,

 Vêtue d’un manteau tout damassé de fleurs,

 Passementé de flots, bigarré de couleurs ». 

 

Arthur Rimbaud, le poète tourné vers le futur, vers un avenir plus beau, voit aussi dans la nature une bonne fée :

 « Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers

 Picoté par les blés, fouler l’herbe menue ;

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue. »

 

L’amour aussi, comme l’amitié, ont transporté les poètes vers des lendemains heureux. Ainsi Paul Verlaine nous a dit :

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue et que j’aime et qui m’aime

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre et m’aime et me comprend. »

Prévert, quand à lui, avec des mots simples nous décrit cet amour d’un homme et d’une femme qui transcende tout le reste :

 « Quel jour sommes-nous ?

 Nous sommes tous les jours

 Mon amie

 Nous sommes toute la vie

 Mon amour.

 Nous nous aimons et nous vivons

 Nous vivons et nous nous aimons… »

 

Henri Franck, lui, nous livre sa perception de l’amitié, qui est à l’origine de si belles choses dans les œuvres humaines :

 « Tendresse humaine, adhésion de l’homme à l’homme

O joie de nous sentir des cœurs contemporains

Et de multiplier nos esprits l’un par l’autre. »

Bien d’autres sujets ont été abordé par les poètes, tels la religion ou l’humanisme mais nous avons dû nous limiter au survol des quelques points forts ci dessus.

 

 

La portée de la poésie du IIIème millénaire

 

 A l’aube du IIIème millénaire, la poésie française est riche et variée, mais l’opinion publique y est peu sensible, les pouvoirs publics et les médias s‘y intéressent peu ou pas. Il est fort regrettable que les grands circuits de communication moderne (presse, télévision, radio, librairie, …) ne se mettent pas davantage à la portée de la poésie, qui est une réalité de notre époque, et qui constitue un puissant révélateur du potentiel créatif humain.

 Autrefois, la poésie, réservée à quelques initiés et à des couches sociales favorisées, a, au cours du temps, infiltré divers milieux sociaux et est devenu aujourd’hui un moyen d’expression populaire. La poésie classique, autrefois apanage des seuls lettrés, que Malherbe et Boileau ont portée à l’apogée de l’art poétique, est largement dépassée aujourd’hui. Divers courants ont conduit à la poésie contemporaine, dans laquelle le néo-classique et le vers libre ont trouvé leur gloire. Ces deux formes de poésie sont issues de sensibilités différentes, toutes deux fort respectables, qui ont donné naissance à des œuvres de grande qualité .Elles ont chacune leur raison d’être au sein du monde poétique, comme le précisent si bien les vers de Lucienne Desnoues :

 « Le vers libre dit au vers régulier :

 Envoyez donc valser tout ce qui vous opprime,

 La strophe, le sonnet, la césure, la rime,

 Ces barreaux, ces verrous, ces terribles geôliers ! »

 

 Le vers régulier répond au vers libre :

« Mes poètes à moi sont d’un autre avis.

Ce qui vous horrifie, en somme les ravit.

Ils aiment triompher des lois et des calibres ».

Les différents styles poétiques ne cessent de proliférer : avec la montée de l’imagination humaine et avec la vulgarisation toujours plus grande de la connaissance, l’expression poétique est devenue accessible à tous ceux qui ressentent le besoin de se faire entendre. Elle est entrée dans tous les milieux sociaux de nos jours et constitue une force vivante du pays. Il faut asseoir la poésie sur un profond respect de son passé mais aussi de son avenir pour que celle-ci reste ouverte à tous et conserve à jamais sa si noble mission de messagère de l’âme humaine. La poésie classique et ses dérivés ( néo-classique…) au même titre que la poésie contemporaine, qui se veut affranchie des règles de forme, libre dans son expression, doivent être l’une et l’autre considérées car forgées de sensibilités poétiques de pareille valeur. Le vers libre obéit toujours, bien sûr, à certaines règles, car si le formalisme du classique en est absent, il est remplacé par l’accent mis sur les images et les vibrations. Si la poésie contemporaine donne une ouverture totale à l’expression poétique, il lui faudra conserver quelques règles pour contenir sa substance et demeurer crédible. Sans doute à l’avenir les valeurs de fond prendront- elles de plus en plus le pas sur les valeurs de forme en poésie, mais la poésie sera toujours faite d’émotion et de vers, qui en constituent la base. Quelle que soit l’orientation que l’on puisse faire prendre à un style de poésie, on ne peut le confondre ni avec la prose, ni avec la prose poétique. Le patrimoine de l’art poétique acquis, de même que celui qui naîtra sous la plume des poètes futurs, se doit d’être soigneusement préservé.

 Il convient que la poésie soit reconnue aujourd’hui à sa juste valeur. C’est une force vivante capable d’épanouir des êtres humains en recherche d’authenticité et de donner un nouvel élan humaniste à notre société. Il faut pour cela qu’elle fasse l’objet d’un code de déontologie précisant ses limites et ses ouvertures, où soit reconnu l’ensemble des sensibilités poétiques. Tout en étant accessible à tous, la poésie comme toute forme d’art, est tenue de conserver les repères qui font sa spécificité. Une charte de la poésie devrait également être élaborée et déboucher sur sa reconnaissance comme œuvre d’utilité publique. Ceux qui souhaitent faire de la poésie leur métier se verraient également attribuer le statut de poètes. Les poètes demandent à être associés au processus de partenariat social qui se développe en France dans certain domaines afin d’apporter leur contribution à la recherche de bien être dans nos sociétés. Il serait souhaitable que les pouvoirs publics et politiques permettent une reconnaissance officielle de la valeur de la poésie et lui accordent un créneau suffisant d’aides et de subventions. Des réseaux de communication culturelle efficaces en matière de poésie s’avèrent nécessaires afin de sensibiliser l’opinion publique à l’art poétique pour qu’il pénètre bien notre société. Le « Printemps des poètes » et les différentes initiatives privées dans les régions et communes de France, ne sont que le point de départ d’un vaste mouvement national à amplifier afin de faire de l’expression poétique une voie accessible à tous. A l’heure actuelle, une multitude de revues, d’associations, de sociétés, d’académies privées constituent un riche réseau de communication poétique dans notre pays. Les organismes officiels y sont, hélas, peu impliqués, les médias pratiquement pas, et rare sont les revues circulant par le réseau des librairies. C’est ainsi que malgré son effervescence, la poésie est loin encore d’avoir la place qui lui revient dans notre civilisation de culture et de loisirs.

 

 La poésie est apte, comme elle l’a montré souvent au cours de son histoire, à faire avancer les idées. Elle peut aujourd’hui aider grandement à ce rapprochement entre les hommes de différentes cultures, dont notre monde a plus que jamais besoin. C’est elle, nous pensons, qui permettra aux hommes de mieux se fréquenter, pour profiter ensemble de ce potentiel technologique croissant qui leur sera de plus en plus offert, au lieu de se détruire dans la recherche du seul profit. En ce début du IIIème millénaire, se poursuit activement la mutation sociale qui transforme nos sociétés . Durant ces cinquante dernières années, une avancée technologique sans précédent et de grande envergure a fait faire un prodigieux bond en avant au bien-être matériel de l’homme. Parallèlement, un rejet des valeurs morales du passé, considérées comme trop rigides, a provoqué un grand vide et le nouveau code moral en accord avec nos sociétés modernes n’a pas encore été complètement défini. La poésie, qui est un excellent moyen de communication et une approche visionnaire et globale des aspirations de l’âme humaine peut apporter une grande contribution à l’élaboration de valeurs nécessaires pour rendre plus consistant ce code moral adapté à l’évolution de notre monde. Elle évitera peut-être le danger qui guette toute société humaine, à savoir qu’un système de pensée unique boycotte l’expression des différentes sensibilités culturelles. En effet, le vrai poète prône la liberté de pensée. Au niveau de l’enseignement, tant universitaire que scolaire, la poésie devrait prendre une plus grande place car elle est primordiale dans l’éducation de la jeunesse. L’école ne saurait être un simple lieu au sein duquel on se contente d’apprendre mais aussi un lieu d’ouverture spirituelle où l’on exprime ses pensées, l’on éveille son esprit poétique, et cela dès le primaire. Il serait grand temps que les manuels scolaires soient remis à jour et qu’on y inclue tous les écrivains modernes de qualité et bien sûr, les poètes.

 

 La poésie est porteuse de trésors pour tous ceux qui savent se mettre à son écoute. Elle est une des valeurs saines et sûres du IIIème millénaire si nous voulons que celui-ci produise des sociétés solidement ancrées dans l’humain. Pour débloquer nos sociétés dites développées, qui s’enlisent, hélas, dans la recherche effrénée du profit, butent sur l’écueil de l’intellect stérile et sont étouffées par le déversement sans retenue de la science, provoquant l’exclusion notamment des plus faibles et des plus purs, il semble très important d’aborder la vie avec l’esprit poétique. Le monde évolue et cherche à se perfectionner, hélas trop souvent dans la violence et la cruauté. Il est en perpétuel mouvement, résultant de la pensée humaine . Qui mieux que les poètes, qui sont des visionnaires souvent, peut influer sur nos sociétés dans le bon sens en leur dévoilant l’intelligence du cœur ? Dans la nuit des temps, des poètes ont chanté cet amour qui est le ciment de toute évolution pacifique et logique, ils ont enflammé les cœurs pour les ouvrir à la beauté et ils ont su donner des points de repère forts à nos sociétés en perdition.

Leurs messages ont cherché à éclairer le chemin des hommes, mais ils ont souvent été peu entendus. Un changement de vision du monde et des autres doit s’opérer rapidement si nous voulons que notre humanité survive au lourd handicap qu’elle s’est crée. En poursuivant sans limite le pouvoir et le profit, l’homme creuse sa tombe et, en martelant la nature au sens propre comme au figuré, pour son bon plaisir il se martèle, s’anéantit. En ce temps de profonde mutation, où l’homme a bien du mal à faire siennes les valeurs universelles, qui sont celles du monde à venir, le poète a un grand rôle à jouer. Il sait, par l’avance qu’il prend sur son temps, ouvrir les hommes aux dimensions qui les conduiront à des sociétés réellement humaines, où le cœur et l’esprit auront toute leur place.

 

CONCLUSION

 

 Un nouveau tissu social s’élabore sous nos yeux, perçu par le poète avant tous. Après l’ère agricole, l’ère industrielle et l’ère tertiaire, le monde s’ouvre à une quatrième dimension, l’ère de la créativité. L’éclosion de l’art sous toutes ses formes prendra une aussi grande ampleur au IIIème millénaire que les secteurs précédemment développés par l’homme, qui ont été l’agriculture, l’industrie, le commerce, la science et les loisirs. La création artistique représente la forme la plus noble de la réalisation humaine puisqu’elle fait appel à tout son potentiel propre, ses émotions, ses talents d’imagination, ses facultés de réalisation. Une nouvelle façon de percevoir la vie mènera les hommes vers la découverte de leurs richesses intérieures et la poésie pourra devenir une voie d’apprentissage privilégiée pour bien se dévoiler à soi-même. Il est grand temps que nos dirigeants en tout domaine prennent conscience du monde qui avance afin que la violence ne noircisse pas l’état des sociétés qui se forment. Comme elle a su toujours le faire, même dans les périodes les plus sombres de l’histoire, la poésie, elle, guidera les hommes vers des chemins de lumière. L’art , en particulier la poésie, permet à l’homme de se sentir exister surtout dans notre monde moderne, où le manque de reconnaissance par la société d’un nombre croissant de personnes devient un véritable problème. La pratique d’un art réconcilie l’homme avec lui même, lui permet de s ‘accomplir dans une tâche et contrebalance le désagrément de n’être souvent qu’un maillon dans la tâche professionnelle qu’il accomplit par ailleurs. L’activité professionnelle n’étant souvent plus un moyen de reconnaissance c’est l’activité artistique qui, de plus en plus, heureusement, prend le relais. Les sociétés, comme nous le savons, ne se maintiennent en équilibre que par l’expression des forces qui les composent et si certaines de ces forces sont tenues sous le boisseau, tôt ou tard, des déséquilibres se produisent. C’est une véritable libération de tout leur potentiel humain dont nos sociétés ont besoin, avec l’entrée dans le IIIème millénaire, ère de créativité et de communication. La poésie, cet art noble par excellence, qui est avant tout un état d’esprit, une manière d’aborder le monde plus sainement et plus globalement, une sensibilité qui ramène les hommes vers eux-mêmes et leur fait percevoir plus intensément les autres et les choses, devrait prendre une place de choix dans le mouvement artistique en expansion.. Pour les différentes raisons invoquées ci-dessus, un bonne médiatisation de la poésie serait un grand événement et une chance pour notre époque. De grands penseurs, tels que Platon, ont perçu la politique comme l’art de gouverner la cité. L’esprit poétique étant à la base de tout art, peut-être aiderait-il la politique à recouvrer son véritable sens. Par la reconnaissance de la poésie, la politique et l’administration aideraient nos sociétés à s’humaniser et à faire circuler la riche création artistique. La recherche de l’unité dans la diversité apparaît nécessaire aujourd’hui pour donner un nouvel élan à la création poétique. Afin d’être mise à la portée de tous, une certaine cohésion apparaît primordiale dans le mouvement poétique. Dans le respect de toutes les sensibilités poétiques, des délégations au niveau des départements et des grandes villes permettraient tout au moins aux poètes de se rencontrer, d’obtenir des informations et d’émettre des idées. Des plaques tournantes pour la création poétique, dans tout le pays inciteraient les poètes à trouver la liberté d’esprit nécessaire pour leur création et sa diffusion. L’art poétique suit l’évolution des cultures, et le poète fait aussi avancer la culture du temps en ouvrant de nouvelles portes aux hommes qui l’écoutent. Le poète est l’un des pionniers du futur dans le monde en mouvement et en recherche d’un bien être accru et, par sa plume, il trace des chemins plus lumineux, où les hommes peuvent s’engager pour trouver davantage de bonheur.

 

 Le poète doit faire preuve de beaucoup de tolérance vis-à-vis des autres et du monde s’il veut libérer son esprit et faire passer dans sa poésie le meilleur de lui-même pour le IIIème millénaire. Vers libre ou classique, vers rimé ou rythmé, qu’importe. L’essentiel est que le poète laisse s’exprimer son cœur et livre toute la richesse qu’il porte en lui. Les différentes formes de poésie sont complémentaires bien qu’elles empruntent un cadre différent, chacune en accord avec la sensibilité correspondante du poète. Le vers libre a comme avantage d’être adapté à toute les sensibilités, toutes les cultures, tous les âge. Il est à la portée de tous ceux qui ont l’âme poétique mais il ne peut être dépouillé de toute contrainte afin de ne pas se confondre avec la prose. La poésie, quelle que soit la forme qu’elle adopte, doit conserver sa raison d’être, se différencier de la prose en se découpant en vers et préserver sa substance émotive. Ce sont les impératifs requis pour lui conserver sa spécificité… La poésie peut sauver l’homme de toute forme de néant en le laissant exprimer son potentiel intérieur. Elle lui permet de ne pas sombrer dans les impasses du matérialisme à notre époque transitoire, où la communication est difficile. Dans un lointain avenir, lorsque les hommes auront compris qu’ils ne peuvent que s’enrichir de leurs différences et qu’ils se respecteront dans leurs cultures complémentaires, le prestige poétique remplacera le prestige des armes, né de la peur, de l’incompréhension, des rapports de force. La poésie est source de survie dans notre monde moderne car elle permet à l’homme de s’accomplir dans la beauté de sa nature intérieure.

 
_ Octobre 2002]

"La poésie représente l’une de mes passions avec l’écriture et la photo. Je suis en relation avec des milieux poétiques et littéraires en France et à l’étranger.
_ J’achève cette année la rédaction d’un livre sur les mutations de nos sociétés modernes et, par la suite, je me consacrerai davantage à la photographie. J’envisage aussi à partir de 2018 de faire plusieurs voyages à l’étranger au cours desquels je réaliserai des photographies.
_ Cela me serait agréable de partager ces passions avec des personnes intéressées."

Sergeguy.lapisse@orange.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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