Philosophie, Spiritualité, psychanalyse

tentative d’exploration du système émotionnel (1)

Les émotions occupent une grande partie de notre vie. Chacun d’entre nous a du élaborer à force de répétitions une cartographie de ses propres émotions sans pour autant que lui soit enseigné leur sens, leur richesse, les liens qu’elles entretiennent entre elles et ce à quoi elles nous renvoient. pour la grande majorité d’entre nous, l’apprentissage des émotions est difficile à appréhender.
Quelles sont-elles ? A quoi servent-elles ? Sont-elles un avantage ? Sont-elles un inconvénient ? Sur quoi leur intensité nous renseigne-t-elle ? Est-il possible de les contrôler ? A quoi nous renvoient-elles ? Le discours sur les émotions nous sert-il à les mettre à distance ? Toutes ces questions et quelques autres se posent à nous avec plus ou moins d’intensité, plus ou moins de clarté. Ces questions soulignent l’importance que les émotions occupent dans notre paysage relationnel.

Les émotions sont omniprésentes dans notre quotidien. Elles nous servent de lien avec notre environnement, que celui-ci soit extérieur ou intérieur. Les émotions nous renseignent sur notre entourage immédiat et nous permettent de nous adapter. Par exemple, un bruit soudain peut susciter en nous une émotion d’étonnement-surprise, cette dernière pouvant être matinée de peur. Mais avant d’en arriver à cette dernière étape de la peur, tout un processus s’est déroulé. Dès le bruit entendu, nous cherchons à identifier son origine et sa signification. Au passage on peut noter que nos sens, nos émotions et notre raison fonctionnent ensemble, échangeant des informations analogiques afin d’adopter une réaction adéquate à la situation. Face à cette dernière, des arbitrages sont réalisés en fonction de nos vécus. L’échange analogique d’informations permet de réduire le temps entre perception, compréhension et réaction. Si le bruit est « reconnu » alors une action adaptée est mise en place. En revanche, si le bruit est inconnu une inquiétude peut s’élever qui va nous amener à
créer une réponse la plus appropriée. Tout du moins celle qui nous semble la plus appropriée.

Premier point de synthèse. Les sensations (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif) sont notre première interface pour être en lien avec notre environnement. Notre système neurovégétatif est une première base de mémoire nous permettant de réagir car organisé pour la survie. Peut-on parler d’émotions à ce stade là ou bien s’agit-il davantage d’une mémoire réactionnelle organisée autour de la survie suivant deux lignes de force dont l’une est la fuite et l’autre le combat comme le propose Henri Laborit dans son livre « Éloge de la fuite » ?

Quelles sont-elles ?
Nommer les émotions
Paul Ekman, psychologue, propose un groupe de six émotions de base partagées par le genre humain. Il s’agit de : la joie (associable au bonheur), la tristesse, la peur, l’étonnement (associable à la surprise), la colère et le dégoût.
Chacune d’entre elle peut être combinée avec une ou plusieurs autres. Il est d’ailleurs assez rare qu’une émotion existe indépendamment des autres. Ainsi certains couples d’émotions fonctionnent bien ensemble comme l’amour et la joie, la colère et la tristesse, la peur et la colère.
Pour continuer de préciser les choses, les signaux liés à la peur et à la surprise (ouverture des yeux) sont dans un premier temps confondus. Il en est de même pour la colère et le dégoût (nez plissé). Il semblerait donc qu’un temps de décodage soit nécessaire pour bien faire le distinguo entre la peur et la surprise d’une part et la colère et le dégoût d’autre part.
Ce temps de décodage fait certainement entrer en action d’autres éléments liés à la compréhension de la situation. Les émotions semblent liées à la sensorialité.

Différence entre émotions et sentiments
Sur la base des émotions se construisent les sentiments. Les sentiments apparaissent comme des extensions sociales des émotions de base. Ils permettent d’affiner l’expression du ressenti tout en permettant l’accompagnement du développement de l’émotion de base.
Par exemple il est possible de ressentir de la colère qui se développe jusqu’à la haine. Mais comme il est rare de passer instantanément de la colère à la haine il est nécessaire d’exprimer les gradations successives. Ainsi sur la base d’une colère il est possible de développer un sentiment d’agacement puis d’agressivité, puis d’agression, puis de hargne, puis de haine qui peut transporter
au meurtre symbolique voire réel. Il existe certainement beaucoup d’autres étapes intermédiaires sur ce chemin. Cette progression n’est donnée qu’à titre indicatif.
Un autre exemple d’évolution. La tristesse peut amener jusqu’à la mélancolie. Là encore il est très rare de passer spontanément de la tristesse à la mélancolie. La tristesse peut nous amener à être affecté, puis déçu, puis cafardeux, puis accablé, puis déconfit, puis en désarroi, puis terrassé, puis enfin mélancolique. Là encore il existe certainement des étapes intermédiaires.
Il semble important pour nous, les êtres humains, de graduer nos ressentis. Ces gradations sont autant de cadres de références nous permettant d’ajuster au plus prêt les actions que nous jugeons nécessaires en réponse à notre vécu émotionnel. Ces gradations permettent aussi d’accompagner nos émotions vers des sentiments, leurs donnant (aux émotions) un caractère social. Ainsi il nous est possible d’échanger avec notre entourage et trouver, peut-être, une issue adaptée.
L’intensité des émotions est semble-t-il étroitement liée au nombre de couvercles successifs que nous mettons sur nos ressentis. Plus nous nous interdisons de verbaliser nos ressentis, plus nos émotions sont peu lisibles pour nous même, moins nous pouvons les nommer. Cette absence de sens agit comme un amplificateur qui va s’augmentant jusqu’à être entendu. Certains d’entre nous percevront leur agacement, d’autres devront aller jusqu’à la hargne pour sentir qu’il se passe quelque chose dedans eux qui demande à être entendu. Il va sans dire que les comportements associés à l’agacement et à la hargne ne relèvent pas du même registre. Il est plus simple de désamorcer une situation dans ses prémices que de la calmer au bord du paroxysme. Il en est de même pour les situations plaisantes. Une trop grande joie peut amener jusqu’à la folie. La petite histoire suivante en est une illustration. Un très vieil homme vient de réussir, après une vie de tentatives infructueuses,
le concours d’entrée au service des scribes de l’empereur. Sa joie est si grande qu’il en devient fou, jusqu’à ce qu’un ami le persuade qu’il a de nouveau échoué. Alors, tout revient dans l’ordre.
Permettre à nos enfants de repérer le jeu de leurs émotions, d’en comprendre le sens afin de leur permettre de les canaliser serait un cadeau manifeste de bonne santé psychique et physique. Malheureusement, nous sommes trop peu habitués à travailler sur et avec nos émotions. La France est semble-t-il la première nation au Monde en terme de consommations d’anxiolytiques en tous genres. Le travail en est encore à ses balbutiements mais de plus en plus de personnes se tournent vers leur corps d’un point de vue sensoriel. Le développement des cours de yoga, de Taï-Chi-Chuan, de Qi-gong, de sophrologie et autres espaces de méditation montre bien que la composante émotionnelle prend de la place.

Accéder à ses émotions est l’objet de tout un processus de familiarisation. Les injonctions culturelles, sociales, comportementales sont nombreuses qui sont autant de voiles nous permettant de masquer nos émotions ou de les survaloriser. Par exemple, culturellement la colère est une émotion qui sied bien aux hommes et non aux femmes. En revanche la tristesse est accessible aux femmes et plus difficilement aux hommes ; surtout les larmes qui lui sont généralement associées. On le voit bien, développer une sensibilité pour une émotion pour laquelle il nous a été demandé de la taire est tout un parcours durant lequel bon nombres de préjugés seront mis à rude épreuve. Faire l’expérience d’une émotion, c’est-à-dire l’accueillir, la laisser se manifester afin qu’elle nous délivre son message et repartir dans la vie tout en tenant compte de ce vécu particulier, est affaire de familiarisation. Bien souvent le courant de la vie nous fait courir, nous laissant peu de temps à cette
dimension qui n’a pas de valeur opérationnelle. Tout du moins le croit-on ? Or, force est de constater que les émotions refoulées, enfouies, non perçues constituent un terreau fertile aux angoisses qui nous étreignent. Combien de fois ai-je entendu « J’ai tout pour être heureux(se) et pourtant je ne me sens pas bien ». Le message est simple, clair. Il existe bien un avoir (j’ai tout pour être heureux(se)) empêchant l’Être d’émerger (et pourtant je ne me sens pas bien)).
On pourrait dire que les émotions sont la base des sentiments qui en sont le prolongement.
Les sentiments permettent de nuancer nos émotions, leur donnant un caractère social et une dimension de communication. « Je communique, donc je suis » était un slogan imprimé sur un T- shirt d’un de mes enfants. Ou bien encore « Je ne bavarde pas, je communique ». Communiquer avec mes émotions, communiquer mes sentiments aux autres. Parler à partir de « je » car c’est
« moi » qui ressent, qui vit. « Je ressens ceci et je vis cela pour telle et telle raison ». Voilà un beau début de relation. Relation à l’intime de Soi. Relation à l’autre à partir de mon vécu singulier. Se donner la possibilité d’échanger, et ce quel que soit le sujet ! Voilà ce peut permettre un dialogue sincère avec ses émotions et le désir de le faire partager.

Leur manifestation
Les émotions se manifestent en nous par le biais de notre sensorialité. Nos cinq sens sont en effet impliqués dans le ressenti de nos émotions. Par exemple si nous sommes préoccupés, il est fort probable que notre sensorialité soit amoindrie, nous empêchant d’entendre le bruit d’un véhicule venant à notre rencontre. Seul le klaxon du véhicule nous tirera de notre préoccupation nous permettant de nous reconnecter à la réalité de l’instant afin d’adopter une action adéquate, comme
par exemple ne pas s’engager sur le passage piéton ou bien rectifier la trajectoire de notre propre véhicule.
Puisqu’il est question de sensibilité, il semble important de clarifier cette notion. Bien souvent la sensibilité est associée à un jugement de valeur péjoratif de type faiblesse. Le mythe de l’homme fort, insensible, a la vie dure. La sensibilité n’empêche en aucune façon la fermeté d’être et de ses opinions. Être sensible, cela veut dire qu’il est possible d’être un Être humain sensible, c’est-
à-dire sensible à lui-même et non étranger à lui-même et aussi être sensible à l’autre Être humain qui est en face et qui développe une singularité. Être sensible c’est se situer dans un espace d’accueil
d’où les préjugés sont absents. Jugé par avance, c’est ce que veut dire pré-jugé. Les préjugés empêchent littéralement d’être en lien vivant, coupant ainsi le lien avec la base vivante des émotions que nous vivons instant après instant. La sensibilité n’est donc pas de la sensiblerie. Elle apparaît davantage comme étant un gage de bonne santé émotionnelle. Il est important de nous y éduquer.
Nos émotions s’élèvent en nous au rythme de notre trépidation. Pour donner une image nous pourrions nous comparer à une peau de tambour sur laquelle viennent cogner nos émotions. Elles sont toujours présentes. Certaines sont perçues, d’autres pas. Tout dépend de notre état de réceptivité et de notre histoire personnelle. Cet aspect est très important car cela veut dire que les émotions sont toujours liées à un contexte. Seules les émotions pour lesquelles il existe en nous un sédiment sont perceptibles, alors que celles pour lesquelles il n’existe aucun substrat en nous sont sourdes à notre perception. Pour être plus précis, je dirais que certains sédiments nous empêchent de percevoir une émotion. Pour reprendre l’exemple de l’éducation d’une fille et d’un garçon au sujet de la colère. Le garçon possédera un sédiment, un terreau lui permettant de reconnaître la colère et de la manifester vers l’extérieur ou l’intérieur. Quant à la petite fille elle possédera un terreau fertile en culpabilité, honte de soi, dévalorisation personnelle, lui interdisant le lien avec sa colère. Tout ce système de dévalorisation servira plus tard de système de filtrage limitant, voire interdisant le lien avec cette émotion de colère. Le culturel se mélange au biologique de sorte que le système de perception en sera impacté en positif ou en négatif.
Notre système émotionnel ne cesse d’apprendre. Depuis notre conception jusqu’à notre mort, notre système émotionnel apprend. Même si ce mouvement d’apprentissage est de peu d’amplitude chez les personnes âgées comparées aux enfants, il n’en demeure pas moins vrai que notre biologie toute entière est orientée vers le vivant, l’expansion. On sait bien que ce qui caractérise la maladie d’Alzheimer est la perte massive des cellules du cerveau. Les chercheurs ont pu prouver que bien que perdant des cellules, le cerveau continue d’en fabriquer. C’est le solde entre celles qui meurent
et celles qui sont créées qui est largement défavorable. Mais il est important de garder à l’esprit, que le cerveau continue de fabriquer des cellules. Cela a permis d’affiner le soutien apporté à ces personnes. Par exemple, certaines unités d’accompagnement ont intégré dans leur programme, en plus de l’aspect cognition, une dimension artistique. Il semblerait que cette combinaison permette de retarder plus efficacement l’aggravation de la maladie.
Les émotions et leurs réponses adaptatives sont stockées dans notre corps. C’est en effet le lieu le plus économique en terme de consommation d’énergie. Si nos émotions et leurs réponses étaient toutes stockées dans notre cerveau, cela demanderait un temps de traitement très long, trop long, au risque de la vie. Et cela n’est pas possible. La loi de conservation de l’espèce cherche toujours à épargner de l’énergie pour rester en vie le plus longtemps possible. Si le temps de traitement de l’information est trop long, alors il est impérieux de trouver un moyen plus court. Et ce moyen le plus court, c’est le corps. Il est plus simple d’enregistrer les émotions et leurs réponses adaptatives dans la moelle épinière et le centre réticulé. Ces deux éléments sont au cœur même du système nerveux central autonome. Toute l’information neurovégétative transite par la moelle épinière qui débouche sur le centre réticulé. A contrario les pratiquants d’arts martiaux, les sportifs
de haut niveau savent qu’il est nécessaire de travailler des heures et des heures, de répéter encore et encore pour ancrer dans le corps toute une manière de percevoir l’environnement afin de s’y mouvoir. Ce qui se fait naturellement lors de notre croissance depuis in-utero demande beaucoup de temps pour être remodelé. Arthur Janov, dans son livre « le corps se souvient » parle de cette façon dont nous mémorisons notre expérience de vie. Wilheim Reich ne s’y était pas trompé non plus en fondant la végéto-thérapie.

Un ensemble d’autres éléments, plus liés à la cognition, interviennent dans l’émergence et le ressenti que nous avons de nos émotions. Il s’agit du jugement, de la comparaison et de la condamnation. Ces trois étapes d’une même activité sont tellement intriqués qu’il paraît nécessaire de s’attarder sur le fonctionnement de chacune d’entre elles.
Le jugement consiste à créer principalement deux catégories réparties entre « j’aime » et
« j’aime pas ». Ceci fait nous définissons un intérieur et un extérieur. Les émotions associées au
« j’aime » sont incluses dans notre vie, tandis que nous cherchons à exclure de notre champ d’expérience les émotions que nous associons au « j’aime pas ». C’est une manière subtile de se couper de son environnement et d’en sélectionner seulement les éléments qui nous agréent. Nous sommes capables de beaucoup de discours justifiant ce que nous aimons et ce que nous n’aimons pas. Certains discours sont même très élaborés, mais à y regarder de plus prêt, ils ne servent qu’à consolider les deux catégories du « j’aime » et « j’aime pas ». En arrière plan culturel du jugement se tient l’idée du bon et de sa récompense ainsi que l’idée du mal et de sa punition. Les religions monothéistes avec l’idée du « jugement dernier » tiennent le haut du pavé. La psychanalyse elle aussi tient le haut du pavé avec l’image sans cesse retournée du père qui dit la loi. Le jugement
sous-entend qu’une tierce partie en capacité de définir le bon et le mauvais est à même de définir les conditions de ma félicité. Je peux donc m’en remettre à une instance supérieure qui par sa sapience me consolidera dans mes « j’aime » et mes « j’aime pas ». De cette façon je peux me comporter de façon infantile en ce sens que la morale extérieure prévaut sur l’éthique intérieure. Le jugement est un frein puissant au discernement et à l’intériorisation de l’expérience.
La comparaison quant à elle nous sert à créer une hiérarchie dans nos « j’aime », « j’aime pas ». Ainsi, il nous est possible de définir des catégories allant du très haut au très bas. Dans nos
« j’aime » il existe à un bout ce que j’aime jusqu’à la passion, c’est-à-dire que je suis capable de souffrir pour être en lien avec cet objet, et à l’autre bout il existe ce que j’aime bien à la limite de l’indifférence. A contrario dans nos « j’aime pas » il existe à un bout ce que je déteste viscéralement et à l’autre bout ce qui m’irrite modérément. Cette hiérarchie est très importante car elle nous permet de nourrir l’estime ou la mésestime de soi. C’est parce que je me compare à des éléments extérieurs que je juge en bien ou en mal qui je suis. Par exemple, dans la tradition catholique il existe les péchés mortels et les péchés véniels. Les péchés dits « mortels » amènent la rupture de la vie de grâce avec Dieu. Leur gravité dépend de l’importance de la matière (le vol d’une grosse somme d’argent est pire qu’un petit larcin), du degré de consentement, et du degré de connaissance de la faute. Quand il y a matière légère, ignorance ou manque de consentement, le péché est dit « véniel » (du latin venialis, excusable). D’un point de vue cultuel (qui vient du culte et non de la culture…) cette séparation entre péché mortel et véniel montre bien que dans notre système de référence culturel cette fois, la notion de hiérarchie nous rassure. Nous avons besoin de nous sentir mieux que
les autres. Nous pourrions tout simplement être en contact avec ce qui Est, le traiter au mieux en faisant preuve d’inventivité sans pour autant chercher à hiérarchiser de prime abord. Je me souviens d’un reportage sur le quotidien des médecins en Afrique noire. Une jeune femme et son amie avaient contracté un virus. L’une avait réussi, enfin son corps avait réussi à produire des anticorps, alors que le corps de son amie n’y parvenait pas. Étant de même groupe sanguin les médecins ont pris l’initiative d’une transfusion sanguine afin de transmettre les anticorps au corps déficient. Le traitement fut un succès. Pendant ce temps là, les médecins blancs tergiversaient et comparaient les pertinences probables de telle approche plutôt qu’une autre.
La condamnation quant à elle apparaît dans la suite logique du jugement et de la comparaison. Il faut bien que la sentence soit exprimée. Cette condamnation va opérer en moi une césure profonde m’invitant à définir mes zones de lumières et mes zones sombres. Il existe dès lors, en moi-même, une partie avec laquelle je commerce en toute quiétude et une partie que j’aimerais bien pouvoir exclure de moi-même. Ce regard sur soi-même est bien sur transposable au monde environnant. De nos jours ne propose-t-on pas une lecture bipolaire du monde répartie entre l’axe du bien et l’axe du mal ? Une partie du monde est censée détenir la vérité alors que l’autre partie est impie. Et que d’énergies utilisées pour convaincre de la condamnation à laquelle nous sommes en train de donner corps ! Les appareils politique, industriel, militaire et mass média dépensent des fortunes en temps et en argent pour servir cette vision du monde. Dès lors qu’une société radicalise à ce point sa perception du monde, il est fort à parier que le comportement attendu de ses sujets soit
de plus en plus étriqué car tendu tout entier vers la recherche de La Vérité. Voilà ce que permet la condamnation. Elle officialise la pensée unique, transforme l’Être en Avoir, laisse à penser que l’abandon de ses droits fondamentaux est nécessaire face à la recherche de La Vérité. Bref, elle fait de l’impuissance individuelle une condition sine qua none à la recherche de La Vérité. Dans son livre « Psychologie de masse du fascisme », Wilheim Reich décrit les conditions d’émergence de ce type d’État et l’appauvrissement individuel auquel on assiste.

Ces trois instances sont tellement intriquées qu’il nous paraît difficile de démêler l’écheveau. Et pourtant si nous acceptions de remplacer le jugement par le discernement, la comparaison par l’intensité vécue et la condamnation par l’acceptation inconditionnelle du vivant nous pourrions transformer notre cadre de vie afin que la félicité soit au rendez-vous. Tout du moins est-ce qu’il est possible d’espérer !On voit bien comment il est difficile pour une émotion de se frayer un chemin parmi tout ce dédale.

A quoi servent-elles ?
Le lien à l’environnement
Il semblerait que le seul moyen dont nous disposions pour évoluer dans notre environnement soit composé d’une part de notre système sensoriel (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif)
et d’autre part de notre système émotionnel (joie, amour, peur, tristesse, colère, étonnement).
Pour comprendre ce double lien imaginons une personne ayant très peu, voire pas du tout, de système olfactif. Alors qu’elle est en train de cuisiner, elle est appelée dans une autre pièce de la maison. Le sujet la retenant requiert toute son attention lui faisant oublier le plat en cours de
cuisson. Elle ne pourra détecter l’odeur du brûler. Seule la fumée trop abondante lui servira d’alerte qui provoquera en elle peur et tristesse.
Cet exemple banal peut nous servir de canevas pour comprendre la façon dont nous entretenons le lien avec notre environnement. Dans ce cas de figure il apparaît très clairement que sensorialité et émotionnel sont intimement liés. A ce titre il me semble important de revenir à la racine du mot émotion. Il veut dire littéralement ex-movere, c’est-à-dire mettre un mouvement à l’extérieur de soi. Je sens l’odeur du brûler, peur, colère et tristesse se manifestent (par exemple) qui me font aller vers les fourneaux pour arrêter la catastrophe. Peut-être vais-je pouvoir sauver un petit morceau de viande … ?

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